Le bio n’est-il rien d’autre qu’une agriculture sans pesticides ?

bio agriculture sans pesticides
Temps de lecture : 4 minutes

Il ne vous a sûrement pas échappé que le bio a explosé ces dernières années, en particulier depuis 2014. En 2017, c’est un marché de 8 milliards d’euros en France, en croissance continue. Une vraie success story… Sauf qu’avec le succès commencent les ennuis. Pour répondre à cette énorme demande, le bio s’industrialise, et certaines pratiques controversées s’y invitent.

Au point de devenir une simple agriculture sans pesticides ? Si le bio n’est pas parfait, le jugement est un peu expéditif.

Comprendre le label AB – Agriculture Biologique

Le bio : gare aux raccourcis !

Il y a toujours un plus malin que vous pour vous faire remarquer que vous ne faites que “suivre la mode du bio”, qui d’ailleurs est “une arnaque” et “ne garantit rien”. Tous les consommateurs de produits bio entendent ces réflexions, parfois agressives. Parce qu’il va de soi que vous êtes con, et que vous n’avez jamais réfléchi à vos choix de consommation. Soupir.

D’un autre côté, il est vrai qu’une frange de consommateurs achètent des produits bio les yeux fermés. Parce que celui-ci jouit d’une image positive pour la santé et l’environnement, sur laquelle ils ne s’interrogent pas spécialement.

Évidemment, la réalité n’est jamais aussi simple, dans un sens comme dans l’autre. Le label AB a toujours été un repère, et rien d’autre. Tout produit certifié “agriculture biologique” répond à un cahier des charges. Encore faut-il le lire, avant de décréter que le bio ne sert à rien.

Lire mon article : 10 idées reçues sur la filière biologique

bio à deux vitesses

Ce que le label AB ne garantit pas

Non, la certification AB n’est pas parfaite, loin de là. Le plus grand défaut du label réside dans l’absence de certains critères pourtant chers aux pionniers du bio.

  • Une juste rémunération des producteurs : le cahier des charges du label AB ne fixe aucun critère social. Ce qui signifie que les grandes surfaces sont libres d’imposer des prix très bas, souvent inférieurs aux coûts de production… Et aussi qu’on peut tout à fait acheter des tomates certifiées bio et pourtant cultivées par des migrants dans la région d’Almeria (Andalousie), dans des conditions tout à fait indécentes. Carton rouge.
  • Le caractère local ou de saison des produits : la demande en bio a augmenté si vite en France que de nombreux produits sont importés pour y répondre. Pas très local, évidemment. Le label AB n’empêche pas non plus la culture sous serre, hors saison.
  • L’absence de nitrites : depuis Cash Investigation, on connaît les dangers des nitrites pour la santé. Et pourtant, ce rayon charcuterie bien rose témoigne de leur présence dans les produits bio. Pour rappel, la couleur naturelle du jambon est le gris. Oui, le gris.
  • Le bien-être animal : les conditions d’élevage sont certes meilleures en bio, mais certaines pratiques cruelles restent possibles (castration, épointage du bec, écornage…). Au niveau des conditions d’abattage, les animaux d’élevages en conventionnel n’ont rien à envier à leurs voisins en bio. Révoltant.
  • L’absence de pesticides chimiques : en cas de contamination par une ferme voisine, certains produits bio peuvent contenir des résidus de pesticides. Bordel, le bio n’est même pas une agriculture sans pesticides ! Comment se fait-ce ? La certification se fait sur la base des pratiques de l’exploitant… Et non sur le produit fini, ce qui explique que certains passent à travers les mailles du filet.

On est d’accord, c’est pas la panacée, ce cahier des charges.

agriculture bio et pesticides

Différencier “le bio” de “la Bio”

Comment un tel décalage entre l’image du bio et la réalité de la certification est-il possible ?

Minute, papillon. D’abord, ce n’est pas parce que les garanties du label se situent au niveau du plancher que les producteurs se contentent du minimum syndical.

Beaucoup d’entre eux sont très engagés, mais comment le savoir ? Des labels plus exigeants comme Nature & Progrès, Demeter (biodynamie), Bio Cohérence (créé par la FNAB) ont vu le jour pour aiguiller le consommateur. Ils restent cependant marginaux.

Bref, quand on s’y penche, on voit bien que “le bio” ne veut pas dire grand-chose. Derrière ce terme, il y a une multitude de réalités. À côté de la filière bio industrielle qui se développe très vite, il y a la filière paysanne, qui s’appuie sur des valeurs fortes et les défend. Et dans certaines situations, bien malin celui qui saura distinguer l’une de l’autre…

Les enseignes historiques et militantes comme Biocoop ou les acteurs engagés comme l’association Bio Consom’Acteurs parlent de “la Bio” comme d’une philosophie globale, un ensemble de valeurs. Pour eux, le label AB ne respecte pas “l’esprit de la bio”, fondamentalement incompatible avec le modèle de la grande distribution.

Non, le bio industriel qui alimente les grandes surfaces ne correspond pas aux valeurs sociales et environnementales de la bio (respect de la nature, diversité des cultures, juste rémunération des producteurs, saisonnalité…)

Mais qui vous oblige à l’acheter ? 🙂

Lire mon article : Peut-on faire confiance au bio de supermarché ?

Le label AB bientôt révisé ?

Récemment, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a recommandé la refonte de la certification AB pour en faire un label plus cohérent, un indicateur éthique et local. Ceci dans le but d’éviter les dérives de l’agriculture conventionnelle.

Un règlement européen peu exigeant

En effet, avec la refonte du règlement bio européen en 2010, le label AB n’est plus là que pour faire joli. Auparavant bien plus contraignant, il est désormais aligné sur le label bio européen. Or, celui-ci a assoupli ses critères depuis sa création, autorisant notamment 0,9 % d’OGM dans les produits bio, quelques traitements médicamenteux, ainsi que la possible mixité (bio/non bio) des exploitations.

Rien de plus qu’une agriculture sans pesticides

Si l’Eurofeuille joue le rôle de trait d’union entre les pays européens, clairement, ses mérites s’arrêtent là. Dans les textes, ce label ne garantit rien d’autre qu’une agriculture sans pesticides, qui peut très bien être productiviste, maltraitante… On est loin, très loin de la philosophie initiale.

labels bio
Ouais, peut mieux faire. Peut BEAUCOUP mieux faire.

Le CESE recommande donc d’ajouter des critères éthiques, sociaux et territoriaux au label AB. Celui-ci serait alors plus en conformité avec les valeurs de la bio.

Industrialisation et bio à deux vitesses

Cette possible refonte du label AB viendrait freiner le développement d’une bio à deux vitesses, d’un côté industrielle, et de l’autre paysanne. Les enseignes historiques allument des cierges pour qu’elle se fasse… Ce qui leur permettrait de se démarquer des supermarchés.

Oui, le risque d’une dégradation du bio est réel, sans doute déjà avéré. Sur certains produits, le bio n’est certainement rien d’autre qu’une agriculture sans pesticides. Les nouveaux industriels se sont rués sur une niche juteuse, important les méthodes critiquables du conventionnel comme la monoculture, la standardisation des produits, la mécanisation à outrance…

Peut-on sauver la bio ?

agriculture conventionnelle

L’industrialisation du bio ne veut pas dire que tout est à jeter ! Les différents acteurs de la Bio se regroupent depuis plusieurs années pour résister à la concurrence du bio industriel, qui fait notamment pression sur les prix.

Et ils continuent de suivre les principes qui leur sont chers : le respect de la terre, de la saisonnalité, de la justice sociale, de la qualité des aliments, l’absence d’OGM, la limitation de l’empreinte carbone… Oui, tout ça.

Au consommateur de garder l’œil ouvert et de n’acheter que les produits qui respectent ses valeurs. Si la CB est la nouvelle carte d’électeur, alors votons, non ?

 

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1 Commentaire

  1. Sophie Répondre

    Bonjour Anaelle, et merci pour cet article édifiant !

    J’essaye toujours de réfléchir à ce qu’il y a derrière l’étiquette et à ne pas acheter bêtement, comme un petit mouton. Mais pas toujours facile de trouver des infos fiables !
    Il y a des produits pour lesquels c’est assez simple de ne pas se faire avoir (ex : s’il y a dix ingrédients dont deux au nom imprononçables listés sur mon coulis de tomate, ce n’est pas bon signe) mais pour d’autres… J’achète beaucoup en vrac, pour des raisons écologiques et minimalistes, et le seul indice que j’ai c’est souvent le pays d’origine (et encore !). Comment fais-tu, toi ?

    J’en profite pour te dire que ton blog est super ! 🙂 Clair, drôle, très informatif, ne change rien !

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