Gagner du temps, mais pour quoi faire ?

gagner du temps mais pour quoi faire
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Mardi matin, mon copain m’a proposé d’aller pique-niquer dans les bois. À midi, on a pris nos salades et on est allés les manger entre les chênes et les pins, en écoutant les oiseaux pioupiouter pendant que Lili farfouillait autour de nous. On a réalisé qu’on avait jamais fait ça, prendre 1h30 le midi pour déjeuner au milieu des bois. Alors que c’était vraiment agréable et régénérant de prendre cette pause au vert.

Cet épisode m’a fait penser à une de mes clientes, qui en avait marre de ne jamais avoir de temps de qualité avec son mec. Le couple passait toujours après les enfants, le travail et les tâches ménagères. Elle me racontait leur organisation, comment ils se répartissaient les tâches du quotidien pour gagner du temps. Mais ça ne marchait apparemment pas très bien : du temps, justement, ils n’en trouvaient pas pour eux. Du coup, ils le gagnaient pour quoi ?

Quand le quotidien devient de la gestion de projet…

Je lui ai demandé comment ça serait de faire certaines de ces tâches ensemble, plutôt que de se les répartir tels deux managers déchaînés. Et là, son visage s’est illuminé. Elle s’est vue changer les draps avec son mec en lui racontant sa journée, en rigolant ou juste en profitant d’être avec lui.

Entendons-nous bien : de toutes les tâches domestiques, changer les draps (et chercher pendant 32 minutes quel bout doit aller dans quel coin pour que la couette soit pas tordue) est celle qui visite le mieux les confins de la chiantise. À partir de là, soit on dort dans un sac de couchage (c’est une option), soit on admet que changer les draps fait partie de la vie. Que c’est ça, « la vie » – entre autres. Que le temps qu’on passe à changer les draps n’est « perdu » ou « gâché » que si on décide qu’il l’est. Car il y a d’autres façons d’envisager la chose.

optimiser son temps
Se péter les dents sur son cadre de lit, par exemple.

La problématique de cette cliente est venue me parler très fort de ma propre situation (ça s’appelle un miroir et c’est un grand classique du coaching, j’appelle ça se faire troller par ses client·es 😂).

J’ai souvent l’impression d’être débordée, pressée, d' »avoir le temps de rien ». Et c’est encore pire depuis que j’ai adopté un chien (chut je vous vois rigoler les parents) : une Lili au quotidien, c’est 1h de balade matin et soir. 2h à trouver dans une journée qui était déjà pleine AVANT qu’un petit cocker mignon débarque dans ma vie.

Du coup, c’est tentant de commencer chaque journée par staffer toute la maisonnée : toi t’es dispo ce matin donc tu sors le chien, moi je suis dispo en fin d’aprem et j’ai envie de courir donc je ferai les 2 en même temps. J’ai une journée chargée donc tu peux faire à manger ? J’étendrai la machine entre 2 rendez-vous visio, et tu peux appeler le plombier sur la route. Et ça te va si on commence le film pendant qu’on mange comme ça on se couche plus tôt ?

La vie, notamment domestique, devient de la gestion de projet. Les tâches sont attribuées à chacun·e de façon à optimiser le quotidien et « gagner du temps ».

Mais… Gagner du temps pour quoi ?

Pour s’affaler plus longuement devant Netflix parce qu’on est éclaté·es d’avoir couru partout toute la journée ?

Le temps ne se gagne pas. Il ne se perd pas non plus.

Le temps est juste là, indifférent à comment on l’utilise. Il suit son cours, point.

Optimiser son temps : une vision très productiviste

« Optimiser son temps », c’est une vision très imprégnée de notre modèle capitaliste, productiviste, consumériste. C’est toujours la même logique de plus plus plus plus plus plus. Plus on met de choses à faire, plus on optimise son temps. Au final, bien sûr qu’on a le temps de rien : la moindre interstice est remplie de toujours plus de choses à faire. C’est une course sans fin.

Et si on appuyait sur pause ?

Et si on arrêtait la course à toujours plus ?

Juste avant d’éteindre la lumière pour dormir, il m’arrive de regarder mon copain en réalisant que je ne l’ai pas vu de la journée. On bosse pourtant tous les deux de la maison, on mange ensemble le midi. On foutait quoi à ce moment-là ? Comment ça se fait qu’on ait l’impression de pas s’être vus ?

C’est pas compliqué : on était dans nos pensées, sur nos téléphones, dans nos to-do list présentes ou futures. On était déjà dans le RDV suivant, la tâche d’après, la planification du reste de la semaine ou de la journée.

courir après le temps

On était pas là. Enfin si, physiquement on était là. Mais tout notre être était tourné vers la suite, vers le futur (qui par définition n’existe pas, c’est le truc avec le futur).

On peut passer toute une vie comme ça, constamment dans la projection et l’expectative, à gérer nos journées comme des emplois du temps en oubliant de les vivre. À se raconter qu’il faut gâcher l’essentiel d’un jour pour « gagner » quelques heures ou minutes à la fin. 12h de non-présence à nous, à notre environnement, à ce qu’on fait, pour quelques instants de répit à la fin de la journée.

Pause.

Étrangement (non), c’est dans ces périodes où on vire chefs de projet que notre relation se dégrade, qu’on se parle moins bien, qu’on se comprend pas, qu’on a pas de gestes tendres l’un pour l’autre.

À force de vivre côte à côte, ce qui devait arriver arriva : il y a quelques mois, on s’est payés une grosse crise de couple. Du genre qui fait trembler les fondations.

Alors on a appuyé sur STOP. On a laissé tomber la course effrénée après rien pour se promener main dans la main dans les bois, avec Lili qui court après les écureuils (en vain).

arrêter de courir après le temps
Et bien qu’elle ait fort à faire avec toutes ces odeurs, même Lili fait des pauses !

Il a suffit qu’on lève le nez du guidon, qu’on arrête de se faire croire que nos vies sont des rétroplannings à gérer, pour que les liens se resserrent, pour que les conversations signifiantes redémarrent, pour que les concours de chorégraphies ridicules reprennent de plus belle.

Il a suffit de faire une pause dans l’histoire qu’on se raconte – celle des gens qui n’ont le temps de rien – pour revenir dans la réalité : celle des gens qui décident librement de comment ils profitent et investissent leur temps.

Il n’y a aucun temps à « gagner » : le temps est déjà là.

Et c’est autrement plus savoureux comme ça ❤️

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3 Responses

  1. Virginie C. dit :

    Super article – tout est dit

  2. Dominique Senez dit :

    Exactement, pile dans le mille .
    C’est exactement cela !
    Et il me semble que plus nous sommes engagés, impliqués dans notre job , plus nous prenons ce risque de passer à côté de notre vie et du temps présent .
    Merci à vous
    C’est un effort régulier de ralentir et ne pas se laisser happer , et la lecture de vos écrits m’a permis de faire un petit « reset ».
    Allez hop , un petit café tranquille , dans mon canapé , sans rien faire d’autre !
    Bon week-end à toutes et tous

  3. Léa Rouger dit :

    Exactement ce que je pense, ce qui arrive à tous sans qu’on arrive à mettre des mots dessus mais aussi ce sur quoi je travaille au quotidien au niveau professionnel pour mes clients ! Tu es toujours pile dans le mille et tu arrives à exprimer des choses que j’aurais du mal à écrire comme tu le fais ! Bravo et merci !

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