10 idées reçues sur les produits biologiques : démêler le vrai du faux

idées reçues sur les produits biologiques
Temps de lecture : 5 minutes

Depuis que je consomme presque exclusivement bio, j’ai dit entendu beaucoup de bêtises sur le sujet. J’ai longtemps eu la certitude (absolument infondée) qu’acheter biologique signifiait encourager l’activité de petits paysans amoureux de la terre. Que j’aidais ceux qui utilisent la traction hippomobile, arrachent les mauvaises herbes à la main et se transmettent leurs techniques d’agricultures ancestrales de père en fils depuis le baptême de Clovis.

Mais je me suis rapidement lassée de ne pouvoir opposer aux sarcasmes qu’une argumentation vague à base de « pas de pesticides dans mon assiette ». Je me suis donc renseignée.

Et j’ai pu constater combien la réalité était moins bucolique que ce que j’imaginais.

Il est pas biologique, mon additif ?

Pour commencer, je me suis mise à lire les étiquettes. Au début, c’est rigolo : un peu comme apprendre le sanskrit. Mais une fois capable de décrypter les ingrédients du bouillon de poule AB, ou la composition INCI des crèmes à la camomille sauvage, on déchante un peu.

À quoi bon acheter ses petits cubes bios une fortune, si c’est pour y retrouver les mêmes quantités de sel, de sucre et d’huile de palme que dans les bouillons conventionnels ? Pourquoi est-ce que même les cosmétiques certifiés contiennent des substances irritantes ou nocives, comme le Sodium benzoate, le Benzyl alcohol, certains parabens, etc. ?

Perdue, j’étais. Si j’accepte de consacrer une part importante de mon budget à mes courses hebdomadaires, ce n’est pas pour me faire rouler dans la farine conventionnelle. J’ai donc remonté mes manches. Et j’ai lu le cahier des charges du label AB. Puis tout un tas d’articles sur l’agriculture biologique ou raisonnée, la cosmétique naturelle, les sites complotistes et les blogs de rageux. J’ai même googlé « à mort les bobos », pour n’oublier aucun argument essentiel.

Voici, à l’issue de mes investigations, mon top 10 des idées reçues sur l’agriculture et les produits biologiques. Je me base sur mes lectures et mon expérience. C’est garanti 100% honnête, avec de vrais morceaux d’autodérision dedans.

Mensonges et vérités sur la filière biologique

1. Les produits bio sont plus chers.

VRAI, VRAI et encore VRAI. Les articles de blogs ou de revues qui affirment le contraire MENTENT. Ils sont rédigés par des militants obtus qui refusent d’admettre qu’ils ont dû tout changer dans leurs habitudes pour s’y retrouver financièrement.

Le bio est plus cher, pour tout un tas de raisons :

  • Les rendements sont inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.
  • La taille des exploitations et des infrastructures de distribution est souvent plus petite.
  • Les produits ne sont pas « gonflés » de sucre, de sel, d’eau ou d’air.
  • L’obtention du label bio via la certification par un organisme tiers et indépendant a un coût.
  • Le profil des consommateurs (dans l’ensemble plus aisés que la moyenne) permet de gonfler artificiellement les prix.

Ceci étant dit, acheter local, de saison, en vrac et non transformé permet de limiter la casse, avec la satisfaction de manger de bons produits.

Et puis ceux qui critiquent les prix du bio le font souvent avec un iPhone 6 dans la main. Je dis ça comme ça.

2. Il n’y a pas de pesticides dans l’agriculture biologique.

FAUX. En France, un produit bio est un produit agricole qui satisfait aux exigences du cahier des charges du label AB (agriculture biologique), lui-même basé sur la réglementation européenne.

Un produit bio comporte au moins 95% d’ingrédients issus de l’agriculture biologique, est exempt d’OGM et n’a pas été arrosé par des engrais ou des pesticides synthétiques. Ce qui signifie, si vous avez bien suivi, que les pesticides naturels y sont autorisés. Or, naturel ne veut pas dire non-toxique. Sinon, on se ferait tous de grandes omelettes d’amanites phalloïdes.

3. Le bio est meilleur pour la santé.

VRAI. Je sais, cette affirmation est controversée. On trouve en effet sur les Internets toutes sortes d’articles aux titres chocs, du style « Bio = toxique », ou « Le bio est plus dangereux que les pesticides ».

Ainsi, le bio serait plus souvent contaminé par des bactéries (E-coli et compagnie). Étrangement, ces éléments sont souvent révélés dans des études commandées par des fabricants de pesticides de synthèse (Monsanto, au hasard) ou de grandes entreprises agroalimentaires type Nestlé, Danone, Coca Cola et consorts.

Idem pour les assertions selon lesquelles le bio ne serait pas plus nutritif que les produits conventionnels. Ou qu’il ne contiendrait in fine pas moins de pesticides. Sans céder aux sirènes complotistes, rappelons qu’en France, l’industrie agro-alimentaire pèse 140 milliards d’euros annuels, quand le marché de la bio représente 5 milliards d’euros. On peut légitimement soupçonner un peu de lobbying et quelques conflits d’intérêt. On peut.

4. Le bio s’oppose aux exploitations industrielles.

De moins en moins VRAI… Donc FAUX. Avez-vous remarqué combien le bio avait essaimé récemment dans les grandes surfaces ? Et combien les magasins spécialisés se sont multipliés, quitte à devenir des chaînes ou à se faire racheter par Monoprix ?

Les produits biologiques, autrefois cantonnés à un périmètre d’un demi-rayon, entre la diététique et les compléments alimentaires, ont fait des petits. Et il faut admettre que les prix pratiqués au supermarché sont nettement plus friendly que ceux de la Biocoop… À condition d’aimer la tomate bio d’Espagne en janvier.

Car bio ne veut pas dire « avec beaucoup d’amour dedans ». Ni même « a poussé grâce aux éléments naturels ». Le documentaire de Christian Jentzsch* sur les dérives de l’industrialisation du bio est particulièrement édifiant à ce sujet. Si vous avez une heure devant vous, je vous recommande de le visionner.

*… pas de suggestion sur la prononciation.

produits biologiques
Le bio, ce n’est pas toujours plein de love comme ça.

5. Les produits biologiques ont meilleur goût.

FAUX. La question n’est pas de savoir si les aliments sont biologiques. Le label n’est pas toujours synonyme de qualité, comme le montre le développement d’une bio « low cost ».

Cherchons plutôt les produits de saison, qui ont poussé sur des sols de qualité, ont été soignés avec des produits non-toxiques et ont été cueillis une fois mûrs… Dans ces conditions, la différence d’avec les fruits et légumes calibrés et emballés sous vide est une évidence.

6. Les produits bios s’abiment plus vite.

VRAI. Les fruits et légumes bios sont des produits frais, non traités après la récolte. Ils sont récoltés plus tard que les produits de l’agriculture conventionnelle, et conservés moins longtemps en chambre froide. Idem pour les cosmétiques qui contiennent un minimum de conservateurs. Forcément, ils moisissent plus vite. Eh oui.

En même temps, une tomate qui passe trois semaines sur la plage arrière de la voiture sans flétrir, c’est flippant. Et pour information, Internet est tout plein d’astuces pour nous apprendre à conserver nos aliments correctement. Et éviter de jeter 25 kilos de nourriture chaque année.

7. Consommer bio signifie consommer local.

FAUX. Dans un monde idéal, c’est ainsi que ça se passerait. En vérité, même les étals des magasins bios et les cagettes des marchés sont remplis de navets de Pologne et de carottes d’Italie. Sans compter le quinoa de Bolivie et les baies de goji en provenance directe de Chine. Bref, selon les raisons pour lesquelles vous souhaitez consommer bio, vous n’êtes pas à l’abri de petites contradictions.

bananes bios mais pas locales
Vous croyez vraiment qu’elles poussent chez le maraîcher du coin, vos bananes ?

8. Les produits bios sont 100% naturels.

FAUX. Les rayons bios regorgent de produits transformés, portés par la vague du sans gluten ou du végétarisme / végétalisme / véganisme / whatever. Produits transformés qui sont, à l’image de leurs cousins conventionnels, de véritables horreurs sur le plan nutritionnel.

Si votre seul et unique but est d’éviter un ingrédient pour cause d’allergie, ou de ne jamais ingérer de substance d’origine animale (mais que vous êtes ok avec le plastique), c’est cohérent. Si votre préoccupation est de l’ordre de la santé et de la nutrition, lâchez ce steak au boulghour et aux petits légumes, vous êtes en train d’acheter de la merde pour le prix d’un bœuf de Bazas. Voilà, c’est dit.

8. Les cosmétiques certifiés sont 100% bios et naturels.

FAUX. Le label Ecocert garantit un minimum de 95% d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle, et 10% d’ingrédients issus de l’agriculture biologique.

Pour que les produits se conservent au-delà de quelques jours ou semaines, il faut encore recourir à des ingrédients synthétiques. Ce sont les conservateurs, dont l’innocuité n’est pas toujours certaine. 

9. Les cosmétiques bios sont moins efficaces.

FAUX. Au début, il faut reconnaître que les produits d’hygiène, de soin ou de maquillage bio, c’était pas la panacée. Mais la recherche a nettement progressé et les formules sont aujourd’hui aussi efficaces que celles de leurs cousins conventionnels (testez par exemple le baume déodorant bio 100% naturel Clémence et Vivien). Niveau ménage, là je vous le dis franchement : passez au nettoyage écologique ! Bref, plus besoin d’être une ayatollah de la plante pour s’essayer aux produits bios.

produits biologiques démaquillant
Quelques gouttes d’huile, même de cuisine : le meilleur démaquillant qui soit !

10. BONUS : Les personnes qui achètent tout bio sont vraiment des bobos de merde en mal de distinction sociale.

AHA… Après pareille liste, quel intérêt à consommer bio, me direz-vous ? Vous vous sentez un peu le tofu de la farce. Pourtant, même (et surtout) après cet état des lieux, je reste convaincue que consommer bio a un sens et un intérêt. À condition de savoir pourquoi vous le faites. Et… ce sera l’objet d’un prochain article 😉

D’ici là, portez-vous bien, petites noix du Brésil.

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3 commentaires

  1. Barbara Répondre

    Bonjour,

    Merci pour cet article très bien écrit. De mon côté, je suis arrivée à peu près au même constat (avec certes moins de recherches mais seulement basé sur mon expérience).

    J’en suis arrivée à la conclusion que la seule façon de savoir ce que l’on met dans son assiette (ou sur sa peau ou sur son carrelage) est de connaître les producteurs. Ce n’est évidemment pas possible pour tout mais je pense qu’en se concentrant sur les fruits/légumes, les cosmétiques et les produits ménagers on peut supprimer pas mal de produits nocifs.

    Pour les fruits/légumes, j’ai la chance d’avoir un maraîcher extra à côté de chez moi. ça ne me prend pas plus de temps que d’acheter mes fruits/légumes au supermarché car j’ai arrêté de naviguer entre les rayons en hésitant entre le local avec potentiellement une dose de pesticides importante ou le bio importé…. Il n’est pas labellisé bio mais en discutant avec lui j’ai compris que ça façon de cultiver lui permettait de se passer le plus souvent possible de tout produit (ce qui est mieux que le bio qui autorise une liste de produits qui me fait parfois peur). Je pense que si j’avais vu ses produits dans un supermarché je ne les aurais certainement pas achetés car non labellisés et j’aurais passé à côté de fruits/légumes exempts de tous produits, exactement ce que je recherche. Mais cela, on ne peut le savoir qu’en discutant avec les agriculteurs.

    Le bio est très tendance et certains cherchent ce label uniquement pour des aspects économiques. En ce bio-là, je n’y crois pas une seconde. Je pense même que ça peut être plus nocif que le non-bio car traiter plus que de raison avec certains produits autorisés dans le bio doit très probablement être nocif pour la santé et l’environnement.

    Pour les cosmétiques, il y a de plus en plus de personnes qui se lancent dans la fabrication de produits naturels. C’est le seul modèle que je vois pour éviter de retomber dans le bio commercial. J’ai d’emblée écarté la gamme « bio » des grandes marques…

    Pour les produits ménagers, c’est le plus simple. Avec du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude et du savon de Marseille, on nettoie à peu près tout de la cave au grenier en passant par la lessive. De plus, les économies réalisées de ce côté compensent le coût supplémentaire d’autres produits bio.

    Voilà voilà petit à petit on va y arriver 🙂

    Bonne journée.
    Barbara

  2. Laure Répondre

    Haha j’adore et j’ai bien rigolé ! Pour moi au delà du bio c’est le modèle qu’il faut changer, je boycotte les hypermarchés depuis assez longtemps et j’essaye de trouver des petits producteurs. En plus il y a souvent des petits producteurs qui sont full bio mais sans label car il est cher. Revenir à taille humaine que ce soit la taille des magasins que la taille des exploitations je pense qu’une des solutions est par là Et prendre le temps de chercher la qualité plutôt que la quantité aussi… Bref merci pour ton article !

  3. Nonocram Répondre

    Bonjour,

    J’ai lu pas mal d’article sur votre site très intéressant et je vous en remercie.
    Le bio, ah je connais bien, j’en achète dans mon Leclerc préféré depuis un peu plus d’un an.
    J’essaye de prendre du Français, local si possible (nous avons la chance d’avoir pas mal de choses vraiment local).
    Après cela est sûr certains se font du frics monstre la dedans et s’en foutent du bio.
    Pour ma part je sais que dois c’est abusé le bio, qu’il y a des saloperies derrière, en plus je suis
    un pigeon car j’achète bio, MAIS je me dis c’est toujours mieux que d’acheter les autres saloperies à côté.

    Certains vont me répondre, mais va chez le culto du coins lui il va te fournir du bon bio. A voir, cela dépends lesquelles avec leur médoc pour soigner les bêtes … et au mieux même si cela est vrai pendant ce temps je n’ai pas les moyens d’acheter directement au producteur.
    J’espère un jour 😀

    Bonne soirée

    Nonocram

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