Produits toxiques dans les cosmétiques : de la révélation à l'action ?

Produits toxiques dans les cosmétiques : de la révélation à l’action ?

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Régulièrement, l’UFC-Que Choisir ou 60 Millions de Consommateurs jettent des pavés dans la mare. En mettant en avant les produits toxiques dans les cosmétiques, ces associations ont alerté le grand public sur les pratiques des industries de l’hygiène et de la beauté. Substances irritantes ou dangereuses, pollueurs, perturbateurs endocriniens, allergènes, cancérigènes… Le temps serait-il à la prise de conscience et surtout, à l’action ?

Pourquoi les produits toxiques sont-ils autorisés en cosmétique ?

C’est la première question que je me suis posée. Comment se fait-il que des substances « néfastes » ou « préoccupantes » se retrouvent dans les flacons de nos salles de bains ? Mais que fait la police ?

Une réglementation européenne exigeante

Qu’il s’agisse des produits allergènes, irritants ou des perturbateurs endocriniens, soulignons quand même que leur concentration est très faible. La réglementation européenne en matière de composition des produits d’hygiène et cosmétiques est l’une des plus sévère au monde.

Pourtant, de toute évidence, ça ne suffit pas. Les études scientifiques sur la dangerosité de ces substances sont peu nombreuses. Souvent, les experts se querellent sur des questions de seuil acceptable, ou ne prouvent la nocivité du produit que sur les animaux.

Et pourtant très insuffisante

En attendant, que fait-on ? Même si le principe de précaution voudrait qu’on interdise ces substances préoccupantes, dans le doute, on ne fait rien, on ne réglemente pas. Statut quo. Les industriels ont donc le champ libre pour élaborer des cosmétiques pleins de produits néfastes. Certains sont dangereux pour la santé, d’autres pour l’environnement… Du « simple » irritant au produit cancérigène, toutes les substances indésirables ne se valent pas, mais aucune n’a sa place dans nos cosmétiques.

Si les doses sont faibles, l’utilisation de ces produits est souvent quotidienne… Les substances s’accumulent alors dans notre organisme, à l’instar des fameux perturbateurs endocriniens, et y font ce que bon leur semble. (Principalement de la merde.)

substances toxiques dans le maquillage

La trousse à maquillage, ou comment se tartiner de trucs indésirables.

Cosmétiques toxiques : un traitement médiatique décevant

À chaque parution d’une nouvelle étude ou d’un comparatif, les médias se livrent à un concours de titres racoleurs et de raccourcis de type « l’UFC recommande d’éviter 185 produits cosmétiques ». Ce n’est pas forcément malveillant, simplement le travail de journalistes généralistes pressés par leur rédaction, qui n’ont le temps que de survoler le sujet.

Mais qu’est-ce que le lecteur doit comprendre ? Que pour tous les autres produits cosmétiques, personne n’a regardé donc on part du principe que todo va bene ? (Ben oui la présomption d’innocence, c’est un droit ça, non ?)

Le message relayé n’est pas le bon. Car ce ne sont pas 185 produits à éviter, c’est tout un mode de consommation à revoir. La liste de l’UFC n’a rien d’exhaustif ni de définitif : les produits cosmétiques testés ne constituent qu’un échantillon de ce qu’on trouve sur le marché. D’ailleurs, début 2018, elle s’est allongée à 1026 produits (déodorants, parfums, dentifrices, maquillage, produits pour bébé, crèmes solaires, shampooings, gels douches, crèmes…) Et elle continuera de le faire, tant que ces produits toxiques ne seront pas interdits dans les cosmétiques. 

L’arrivée des cosmétiques toxiques dans le débat public

Souvenez-vous : lorsque l’UFC a publié sa liste de produits cosmétiques toxiques en novembre 2016, on aurait dit que l’association venait de révéler un scandale sanitaire jusqu’ici totalement insoupçonné.

Comme si on ne savait pas depuis longtemps qu’il est écrit n’importe quoi sur les emballages. Comme si le greenwashing et le healthwashing n’étaient pas monnaie courante dans tous les secteurs. Ou comme si on découvrait à l’instant l’existence des allergènes et des perturbateurs endocriniens… Bon.

cosmétiques toxiques et pseudo-naturels

Allez hop, une plante et ça repart.

C’est indéniable, les produits toxiques dans les cosmétiques sont désormais à l’agenda politique. Le biais par lequel il y est arrivé me laisse cependant un peu perplexe : depuis qu’une ONG a publié une étude qui dénonce les ingrédients toxiques dans les produits pour bébés, on s’insurge. Se tartiner le museau de saloperies laissait tout le monde indifférent, mais depuis que les gamins sont concernés, c’est le scandale de l’année. Peut-être ne peut-on saisir la différence qu’une fois touché par la grâce de la maternité.

De la prise de conscience à l’action

Bref, maintenant qu’on SAIT, que peut-on FAIRE ?

Apprendre à lire les étiquettes des cosmétiques

La liste INCI, c’est la recette de vos produits cosmétiques. Elle figure obligatoirement sur l’emballage. Rédigée en latin ou en anglais (peut-être même en swahili, qui sait de toute façon), elle est parfaitement inintelligible pour le commun des mortels. Or c’est bien évidemment là que se trouvent les informations qui nous intéressent

Pouvoir lire – même sommairement – les étiquettes, c’est une étape incontournable pour arrêter d’acheter de la merde. Ça demande quelques efforts, mais il existe heureusement des outils pour nous aider.

Notez que dans une liste INCI, les ingrédients sont classés par ordre d’importance, du plus présent au moins présent. Aussi, une substance « néfaste » est moins embêtante en fin qu’en début de composition. La meilleure option restant évidemment de ne pas en avoir…

Parce que croyez-moi, y’a du monde là-dedans.

Comment traquer les substances toxiques dans les produits cosmétiques ?

L’UFC a mis en ligne une carte-repère des principales molécules dangereuses que l’on retrouve dans les cosmétiques. Cette solution permet d’éviter les pires catastrophes, même si je ne la trouve pas très pratique. Heureusement, il y a des gens qui ont pensé aux feignasses que nous sommes et qui ont créé des solutions pour nous faciliter la vie.

  • L’appli Clean Beauty d’Officinea : vous êtes dans le magasin, perdu devant cette crème extra-hydratante pour mains desséchées. Vous ouvrez l’appli, prenez en photo la liste des ingrédients, et en un scan, Clean Beauty vous dit s’il y a des substances préoccupantes dans la composition du produit. Génial, non ?
  • Le moteur de recherche INCI de La Vérité sur les cosmétiques : vous êtes sur les Internets, prêt à acheter un shampoing spécial cheveux-gras-pellicules-et-calvitie et vous ne savez pas ce qu’il contient. Vous entrez la liste des ingrédients et hop, le site vous dit si la compo est clean.
  • L’Observatoire des cosmétiques : plutôt destiné aux journalistes, ce site regroupe un maximum d’info sur les cosmétiques, alimenté par des experts indépendants.
clean beauty composition cosmétique

Clean Beauty, l’appli d’Officinea pour décrypter la composition des cosmétiques

Plus vous utiliserez ces outils pour vérifier la composition des produits, et plus vous retiendrez le nom des molécules toxiques ou gênantes. À force de pratiquer, je progresse en latin, je vous assure.

Autre option : vous abonner aux sites web ou aux parutions de ces associations de consommateurs. 60 millions a dressé une liste positive des cosmétiques « sains et sûrs », que vous pouvez acheter les yeux fermés. C’est intéressant, fiable, et ça représente un vrai gain de temps. Toutefois, si vous n’apprenez pas à lire les étiquettes, vous ne serez jamais autonomes… (Je dis ça comme ça.)

cosmétiques maison non toxiques cosmétiques non toxiques sains et sûrs

Quelques idées de lectures utiles.

Conseils à retenir pour éviter les produits néfastes

Si vous ne deviez retenir qu’une poignée de conseils, je vous dirais de :

  1. Ne jamais vous fier au packaging des flacons. Les images ou mentions « naturelles » sont souvent trompeuses. Idem pour les produits « hypoallergéniques » qui contiennent des allergènes, ou « sans paraben » (mais pleins d’autres substances indésirables).
  2. Préférer les produits labellisés Ecocert ou Cosmebio. Même s’ils ne sont pas parfaits, leur composition est bien meilleure que celle des produits « classiques ».
  3. Limiter votre consommation de produits d’hygiène et de beauté. Vous n’avez pas besoin de sept couches sur la peau, surtout avec tous ces ingrédients cracras !
  4. Opter pour les formules les plus courtes. Moins la liste INCI est longue, moins il y a d’invités à la cocktail-party des produits chimiques.

Où trouver ces cosmétiques et produits d’hygiène non-toxiques ?

Foncez en boutique bio ou magasin spécialisé ! S’il n’y en a pas près de chez vous, voici quelques e-shop que j’affectionne :

Et pour la suite, il ne manque plus qu’un petit Cash Investigation sur les ingrédients en cosmétique… À suivre !

cash investigation cosmétiques toxiques

Coucou Élise Lucet, on attend que tu viennes mettre le boxon dans un petit dîner entre le patron de L’Oréal et des parlementaires qui le valent bien.

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Anaelle
Blogueuse engagée. Écologie, société et autodérision.

4 Responses

  1. lussy dit :

    Hellooo! Bonne année 2019.moi j adore le propos bien clair du blog et le ton humoristico provoc..cela fait mieux glisser les « 4verites »qui dérangent!! Mdrr le coup d Élise Lucet! Qu est ce qu elle a du cran cette Nana….pour la part je viendrait souvent glaner de infos bien croustillantes pour les modules écologie sante que j organise régulièrement.toujours en vous citant dans mes sources off course! Bonne suite a vous sur le blog mais surtout ailleurs.

  2. Camille B dit :

    Arf j’aurai dû vérifier avant de laisser mon commentaire… puisque 90jours (http://90jours.org/) est aussi utilisable directement sur les Internets!! Joie joie joie 😉

  3. Camille B dit :

    Joli mardi Anaelle 🙂 Et comme tous les mardis je viens de recevoir ma petite newsletter idécologie (https://www.idecologie.net/) tu connais?
    Et tant que j’y pense aussi, l’appli pour téléphone intelligent (quoi?? le tien est con??! alors tant pis…) « 90 jours » qui donne des conseils pour twister facilement ton quotidien pour qu’il soit plus copain avec la planète.
    A bientôt petite plume
    Camille

    • Anaelle dit :

      Merci Camille ! J’ai reçu moi aussi ma newsletter Idécologie, c’est chouette comme idée je trouve 🙂 En revanche, je ne connaissais pas 90 jours et je vais le tester de ce pas ! Merci pour les tuyaux !

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