En 2020, revenons à l’essentiel

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Mes chères tortues, si j’en crois les conventions, je suis censée vous présenter mes vœux dans ce premier billet de l’année 2020. Pour être honnête, j’ai toujours trouvé ce rituel curieux – comme à peu près tout ce qui est imposé d’ailleurs. Est-ce que ça a vraiment un sens de se souhaiter « une bonne année » ? Franchement, est-ce que c’est possible de s’en souhaiter une mauvaise ?

Certains trouvent la réponse en proposant une « douce », « belle » voire une « merveilleuse » année (mais à ce moment-là, est-ce suffisant de s’en souhaiter une bonne ? 😱). D’autres vous donnent le programme des 12 mois à venir (santé, richesse, amour, créativité…) Mais là encore, beaucoup d’inquiétudes : si je vous souhaite le succès alors que vous vouliez la santé, allez-vous m’en vouloir si vous chopez la grippe en rentrant de Val-d’Isère ? Trop de questions, si peu de réponses.

Bon. Pour être honnête, si j’ai tant de mal à vous souhaite une bonne / douce / belle / merveilleuse année (prenez ce que vous voulez), c’est aussi et surtout parce qu’elle s’ouvre sur de sinistres nouvelles. L’Australie en flammes, l’Indonésie sous les eaux, l’Humanité toute entière qui fonce dans le mur en écrasant la pédale d’accélération, et entraîne une grande partie du vivant dans son inconscience. Soupir.

J’étais bien heureuse de me tenir loin des écrans durant mes deux semaines de vacances, car quand ils s’allumaient, c’était toujours le même gloubi-boulga de sentiments difficiles : indignation, tristesse, impuissance.

Le livre d’Yvon Chouinard, ma lecture inspirante de ce début d’année

Comme à mon habitude quand j’ai des angoisses, j’ai trouvé refuge et réconfort dans les livres. Un en particulier : Confessions d’un entrepreneur pas comme les autres, par Yvon Chouinard, fondateur de l’entreprise Patagonia et du 1% pour la planète.

livre yvon chouinard patagonia

Ce bouquin raconte la vie d’un aventurier devenu entrepreneur un peu malgré lui, et aujourd’hui à la tête d’une compagnie considérée comme la référence en matière d’éco-responsabilité dans le monde. Je l’ai lu d’une traite car honnêtement, c’est un concentré de pépites. Il m’a redonné de l’espoir à un moment où j’en avais bien besoin, même si le modèle Patagonia est loin d’être parfait.

Reste que OUI, c’est possible d’être extrêmement exigeant pour soi, pour les autres, pour l’environnement ET de faire tourner une grosse entreprise. OUI, il y a des compagnies prêtes à faire des efforts incommensurables pour questionner et réduire leur impact, restaurer des éco-systèmes, servir leurs clients mieux que personne et inciter les autres entreprises à faire de même. Non seulement ça existe, mais en plus, ça marche : le succès de Patagonia en est la preuve !

C’est possible d’être rentable sans pousser à la consommation. C’est possible de faire passer des messages dans un catalogue, et de raconter des histoires pour certes vendre des produits mais aussi responsabiliser les individus. C’est possible de consacrer une partie de ses bénéfices à financer le militantisme environnemental plutôt qu’à rémunérer des actionnaires. C’est possible d’avoir des clients tellement fans de ses produits qu’ils préfèrent les faire réparer plutôt que d’en acheter de nouveaux. C’est possible d’évoluer dans une entreprise qui respecte vraiment ses employés, se soucie de leur bien-être, leur offre la liberté et place chacun à un poste où ses talents sont vraiment mis à profit.

Il y avait énormément de messages puissants dans ce livre, dont un que j’ai retenu parce qu’il fait écho à mon obsession du moment : simplifier.

Petit exercice d’auto-critique

On entend tout le temps que l’écologie est un casse-tête sans nom, mais ce n’est pas tout à fait vrai.

Ce qui est épuisant, ce sont les contorsions improbables que nous faisons pour avoir vivre « écolo » sans rien remettre en cause de nos modes de vie. Je dis bien « on » car je ne me place pas au-dessus de la mêlée. Notre train de vie n’est PAS compatible avec le maintien de la vie sur Terre, peu importe le nombre d’alternatives vertes que nous sortons du chapeau. On peut consommer aussi responsable que l’on veut : ce sera toujours (trop) impactant pour l’environnement si l’on ne requestionne pas en profondeur nos besoins.

Quelque part, l’écologie c’est très simple : il s’agit de ne pas prendre plus que ce que la Terre peut produire… L’écologie ce n’est donc pas de consommer « vert », « responsable », « écolo », « durable », etc. mais bien consommer le moins possible.

Dans cette affaire, je prends ma part de responsabilité : par mon souci d’offrir des pistes de changement à tout le monde y compris les novices, par mon aversion pour la morale et la culpabilisation, par mes propres contradictions internes, j’ai pu vous amener à croire que des aménagements à la marge étaient suffisants. J’ai pu vous encourager à consommer des objets dont vous n’aviez pas vraiment l’utilité, fussent-ils fabriqués avec amour par des artisans guatémaltèques correctement rémunérés.

Malgré la rigueur que je m’impose dans mes recommandations, je reste une consommatrice pas totalement dépolluée du ciboulot. Je ne suis pas non plus maîtresse des effets que mes articles produisent sur vous. Je crois en la responsabilité individuelle, au fait que vous êtes bien assez grands pour acheter en fonction de vos besoins réels, mais j’ai conscience de la tentation que vous pouvez rencontrer parfois en me lisant.

Ça m’a sauté les yeux au moment des fêtes, où mes réseaux sociaux, pourtant largement teintés de vert, ne proposaient rien d’autre que des sélections d’idées cadeaux et des calendriers de l’Avent. On peut raconter tout ce qu’on veut, la fin d’année reste un grand moment de gaspillage et de surconsommation qu’on légitime à coup d’obligations sociales/familiales et de moments de magie.

Moi-même, j’ai participé à ça avec l’article de Noël que j’ai mis à jour fin novembre, juste avant que la petite musique de la dissonance cognitive (= quand plusieurs de tes pensées / croyances / émotions / actes entrent en contradiction les uns avec les autres) ne vienne crisser dans mes oreilles. Gniiiii.

Changement de cap pour les Tortues

Je sais très bien comment j’en suis arrivée là : s’il est assez facile de vivre de son blog, c’est nettement plus compliqué quand celui-ci parle d’écologie. Pourtant, c’est nécessaire si l’on veut s’y consacrer sérieusement. Car un blog, c’est très vite un mi-temps, et sans problèmes un temps plein.

Seulement voilà, les associations qui proposent des conférences ne peuvent pas (ou pas beaucoup) nous payer, il y a très peu de dons, et seuls les bouquins qui cassent la baraque en librairie rémunèrent correctement leurs auteurs.

Je ne baisse pas les bras pour autant : je ne serai jamais irréprochable, mais je chercherai toujours un moyen de m’améliorer. 2020 sera l’année où j’explorerai d’autres moyens de me rémunérer, plus en cohérence avec ce en quoi je crois. Les liens affiliés et articles sponsorisés seront resserrés sur des produits encore plus essentiels et qualitatifs. Certains articles seront donc progressivement remaniés pour respecter ces principes… (au gré de mes possibilités car il y en a quand même plus de 80.)

Quant à la ligne éditoriale, elle sera moins orientée « conso / produits / petits gestes » et plus tournée vers l’écologie intérieure, des prises de position, l’articulation action collective et individuelle, des changements de vie inspirants et modèles positifs pour imaginer un avenir autre… L’une de mes principales source d’inspiration en ce moment, c’est le magazine Yggdrasil dédié à l’effondrement et au renouveau.

🗒 Lire aussi : Petits gestes : j’en ai assez de la sur-responsabilisation individuelle

Bref, il y aura moins de tours et de détours, car finalement, mon chemin pour 2020 est celui-ci : simplifier.

J’espère que ces idées vous parlent, et que ces mots trouvent un écho chez vous. Je vous invite d’ailleurs à me faire part de vos questions, idées et suggestions dans les commentaires ou par mail.

Simplifier et revenir à l’essentiel

Pour cette nouvelle décennie qui s’ouvre, je nous souhaite du courage et de la solidarité face aux changements à venir. Je nous souhaite de prendre les décisions nécessaires pour réparer ce qui peut encore l’être et poser les bases d’un monde plus juste. La force et l’audace d’inventer d’autres possibles, d’élargir nos imaginaires et réorganiser nos priorités.

Je nous souhaite une rupture avec la frénésie ambiante, le brassage de vent, les urgences qui n’en sont pas pour revenir à l’essentiel et au calme.

Je nous souhaite la paix avec nos émotions, positives comme négatives. Qu’on laisse les larmes couler, la colère s’évacuer et la joie jaillir.

Je nous souhaite moins de divertissement et plus d’expériences incroyables. Je nous souhaite moins de comparaisons sur les réseaux sociaux, plus de belles rencontres et d’échanges sincères. De la compréhension, de l’ouverture d’esprit, de la générosité. Moins de jugements et plus d’écoute.

Je nous souhaite moins de conformisme social et plus d’affirmation de nous-mêmes, libérés de nos peurs et du qu’en-dira-t-on.

Je nous souhaite de ralentir pour profiter de cette vie qui est la nôtre, pour prendre du recul sur qui nous sommes, ce que nous voulons vraiment, et mesurer ce qu’il se passe autour de nous.

Je nous souhaite de trouver du sens à ce que nous faisons et du bonheur un peu partout sur notre chemin.

*Insérez l’adjectif de votre choix ici* année, mes chères Tortues 🐢

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27 Responses

  1. Séverine dit :

    je lis cet article parce que justement j’ai ralenti (par contrainte) et souhaite ne pas accélérer. Je cherchais à lire sur une transition mais pas sur du shopping, la classe, j’ai trouvé.
    comme cet article est criant face à ce que nous vivons actuellement, confinés, punis de nos conneries sur l’environnement. Mais j’avoue, le confinement m’a ouvert un espace immense que je n’imaginais pas et je compte bien l’explorer: je n’ai pas besoin de la majorité des choses que j’utilise, achète d’habitude et qu’est ce que je vis mieux. Me recentrer et oui simplifier! alors merci parce que ce message de nouvelle année peut aussi être un message de nouvelle vie.

  2. val dit :

    Je trouve que c’est une très bonne idée. Je vois bien trop de blog « ecolo » qui ne vendent que des produits… C’est sûr c’est du coup plus compliqué d’en vivre. Mais peut être que le sacrifice est de se dire tant pis c’est pas de mon blog que je vais vivre mais d’autre chose. Quitte à y passer un peu moins de temps. Bon courage en tout cas.

  3. Merci pour ce bel article Anaelle. En tant que blogueuse engagée, je me retrouve beaucoup dans tes aspirations et tes questionnements… Je te souhaite une année riche en simplicité :-).

  4. Célia dit :

    Bonjour Anaelle, comme toujours vous avez les mots et le ton justes, comme toujours je me retrouve beaucoup dans ce que vous écrivez. Ne culpabilisez pas! Vous rendez-vous compte que vous êtes une source d’inspiration (UNE VRAIE SOURCE D’INSPIRATION CONCRETE) pour des milliers de personnes? Aujourd’hui, à part tout quitter et partir élever quelques chèvres sur un causse en Lozère, il faut reconnaître que c’est hyper compliqué de garder une ligne de conduite écolo H24 et 365 jours par an. Des fois on est tenté, des fois on craque… Mais le plus important, c’est d’inspirer les autres, c’est d’être fidèle à ses convictions et de s’en faire de nouvelles. Pour Noël, j’ai donné l’idée à ma famille de se faire des cadeaux écolo. Presque tout le monde a joué le jeu! Gourde, lingettes lavables, arbres, serviettes de table, plante en pot, tout ça emballé dans des furoshiki ou même un vieux sous-vêtement! L’important, c’est de planter la petite graine de la transition, et vous y arrivez super bien. Alors je vous souhaite une année 2020 simple et écolo!

  5. Ton article est un rayon de soleil en ce début d’année. Heureuse de lire les changements qui se sont opérés et que tu aies le courage de le dire tout haut. Il en faudrait beaucoup d’autres mais j’espère bien que cela viendra. Hâte de lire la nouvelle orientation du blog.

  6. Je te souhaite de cheminer encore et encore ! C’est étrange, je suis exactement sur le même chemin : simplifier, remanier, m’éloigner de l’effet de « donner envie » et travailler sur mon intérieur, encore et encore pour pouvoir mieux agir sur l’extérieur. J’ai hâte de lire tout ça, je suis certaine que ça va être vraiment intéressant !

  7. Julie dit :

    Très belle année à toi aussi. J’ai hâte de lire les changements que tu vas opérer sur ton blog. C’est une belle remise en question que tu as faite, du moins, elle me parle pas mal!

  8. Caroline dit :

    Bravo et Merci Anaëlle. Tu réussis à mettre en (beaux) mots tout un tas de ressentis désordonnés qui résonnent en moi depuis quelques semaines, autour du passage à cette année 2020. Quand j’ai commencé à travailler, dans le « développement durable » qui plus est, 2020 était encore un horizon lointain, assortis de tas d’objectifs, notamment en termes de climat. Arrivée à l’échéance, le constat d’échec est patant. L’injonction sociale des voeux de bonne année m’écoeure car cela sonne faux, est vide de sens comme tu le soulignes….sans compter qu’on se trompe de cible ! Moi c’est à l’Humanité que j’ai envie de souhaiter des tas de trucs pour 2020, à commencer par… retrouver son humanité justement. Pour ma part, outre la simplification, c’est surtout un vœu de ralentissement et de sérénité. J’ai maintenant quelques/de nombreux/trop d’enfants (« bouh, À l’éco-cide! » Disent certains). Et pourtant, c’est à travers eux surtout que je trouve cela : simplicité, bonheur d’être dans l’instant, capacité d’émerveillement pour le simple et le quotidien… continue à nous éclairer de tes pensées. Merci !

  9. Stéphanie dit :

    Merci pour tes écrits toujours inspirants qui me donnent à réfléchir.
    Bonne continuation en toute sérénité

  10. Anne dit :

    Merci Anaëlle pour ces mots justes et sincères. Je n’ai rien à ajouter à cette belle « feuille de route » 2020 que tu nous proposes ! Bravo pour ce blog que je suis régulièrement avec beaucoup de plaisir. Toujours intelligemment et bien écrit, lucide et drôle donc non culpabilisant, j’adore ! Je te souhaite la meilleure des années !

  11. Martin Dupuis dit :

    en ce début 2020 voici la question de l’ âne Martin: écolo depuis bientôt 60 ans j’ai fait des petits pas tous les jours, des grands pas en travail collectif,du prosélytisme, mais maintenant, à force de pas faire l’autruche: (la tête dans le sable, je vois l’inaction le je m’en foutisme politique, et alors devant la collapsologie, il y a des matins où l’âne n’a plus d’idée, est épuisé moralement,des matins où j’ai envie de rentrer ma tête dans ma carapace et attendre que ça casse. Normal?Le potager ne m’apaise plus, les manifs ne m’animent plus,le combat politique me convainc plus, le xanax et le yoga: pas trop pour moi . je suis triste pour mes enfants,que me conseillez-vous?

    • Hélène dit :

      Transmettez vos connaissances à ceux que les manifestations animent, et à ceux que le jardin apaise. Ce que vous savez servira de terreau à de nouveaux esprits créatifs qui pourrait bien vous redonner un nouveau souffle. On a besoin de vous

  12. Catherine dit :

    Bonjour Anaëlle,
    Depuis quelques années je suis ton blog et cette période des vœux me pousse à te remercier.
    Merci pour tes écrits sincères, engagés et pleins d’humour qui m’aident à avancer.
    Le chemin est le bon, merci de l’eclairer, il faut parfois le débroussailler un peu…

  13. Gaëlle dit :

    Merci de toujours trouver les mots justes. Ils résonnent si bien en moi, c’est une bouffée d’air frais et une jolie ligne de conduite ! ❤

  14. Ninon dit :

    Merci Anaelle. Toujours un plaisir de te lire. C’est comme une brise fraîche et agréable au printemps !

  15. Sophie dit :

    Merci Anaelle, merci de ce billet avec son joli ton de sincérité, j’espère que grâce à vous nous serons un peu plus nombreux à prendre ce virage, de la « consommation responsable » à plus de remise en question et de sobriété (je me compte dans le tas des « peut faire mieux »…)

  16. Laurence dit :

    Oui merci, c’est bon de trouver les mots qui sonnent justes quand on ne peut les formuler sois-meme.
    Merci! Et courage!

  17. Céline dit :

    Merci ! Et bonne décennie à toi aussi 🙂

  18. Julien dit :

    Bravo pour tout ce que tu fais… Ça fait un moment que je veux te le dire, sans trop savoir comment …! Bref tu fais partie des personnes inspirantes à suivre… Merci pour l’idée de lecture

  19. Chloé dit :

    Un gros merci pour tes articles qui résonnent toujours très justes pour moi, et alors celui ci c’est une pépite Merci pour tes réflexions, ta sincérité, merciiiii quoi

  20. Arnaud Ferrer dit :

    Et la magie opère !
    La tortue avance lentement. Voilà ce qui rend sa vie extraordinaire.
    D’autres tortues se joignent à toi.
    Comptes sur nous !

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