Comment devenir zéro déchet, sans pression ni culpabilité

comment devenir zéro déchet

Quand on s’intéresse au zéro déchet, on est vite dépassé par « l’extrémisme » de certains influenceurs, qui ne jettent que l’équivalent d’un bocal par an, par exemple. Ça peut effrayer, rebuter, culpabiliser, surtout quand on débute. Ou au contraire épater, enthousiasmer… Parfois pour une courte durée : je lis souvent des témoignages de personnes « revenues » d’un mode de vie zéro déchet, écolo, minimaliste, végane… Après y être allées à fond, elles retournent à des choses plus modérées, qui leur conviennent mieux.

Ça vaut la peine qu’on parle de tout ça, vous ne croyez pas ?

Les blogs zéro déchet : s’inspirer, plutôt qu’imiter

J’ai toujours considéré le zéro déchet comme un horizon plutôt que comme un véritable objectif. Pour moi, c’est une invitation à consommer « en conscience », c’est-à-dire pas de manière compulsive, en mode achat-consolation ou achat-appartenance-à-un-groupe (et encore…)

Je n’ai pas lu Béa Johnson, ni aucun autre ouvrage du genre, sauf La Famille (Presque) Zéro Déchet qui me fait bien marrer. Et ça va, je le vis bien.

Je me fous de faire rentrer mon année de déchets dans un bocal d’un litre. C’est chouette que des personnes le fassent et montrent que c’est possible, mais je ne les ai jamais prises pour autre chose que ce qu’elles sont : des sources d’inspiration, et non pas des modèles.

J’adore lire leurs astuces, réfléchir à ce que je peux importer dans mon quotidien. Mais je m’en tamponne de leur ressembler – et d’ailleurs eux s’en tamponnent que je leur ressemble. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Produire des déchets en si petites quantités m’a toujours paru inatteignable dans une société comme la nôtre, sauf à vouloir vivre à sa marge – et ce n’est pas demain la veille que j’irai cultiver de la salsepareille dans le Larzac. (Oui je sais, Béa Johnson ne vit pas dans le Larzac mais à San Francisco. Vous chipotez.)

béa johnson zéro déchet

Zéro déchet et culpabilité

Il me semble dangereux de se fixer des objectifs trop ambitieux, sans tenir compte de son point de départ. Réduire ses déchets est un long cheminement : ça suppose de remettre en cause beeeeeaucoup de choses autour de nous.

J’ai beau tenir ce blog, bien sûr que non, je ne suis pas « zéro déchet ». Le terme est par essence abusif, il est là pour interroger, interpeller, motiver. Pas pour qu’on se flagelle en mesurant le chemin restant à parcourir.

Vous voulez une confidence ? Je n’ai pas de composteur, ce qui m’oblige à jeter épluchures, noyaux, etc. à la poubelle. Et à sortir celle-ci régulièrement – bien qu’elle soit loin d’être pleine – pour ne pas que mon appartement soit envahi de mouches. L’Homme tolère et même soutient presque toutes mes lubies, mais des vers de terre chez nous… C’est trop pour lui. Je ne vais pas lui imposer coûte que coûte : peut-être qu’il y viendra, peut-être pas. Encore une fois, je le vis bien.

Des « mesurettes » ? Une autre façon de voir les choses

Le zéro déchet est souvent associé aux blogueuses cuisine ou cosmétique, bref, aux préoccupations domestiques… Et donc dévalorisé, pardon de mettre les pieds dans le plat ! « Remplacer des cotons jetables par des coton lavables ? Waouh, quel progrès ! Et sinon, on parle de choses sérieuses ? »

C’est vrai que tous ces petits pas paraissent dérisoires, anecdotiques… Pour qui ne les a pas encore esquissés.

Car comme on tirerait sur une pelote de laine, une interrogation en amène une autre, et c’est progressivement tout un mode de vie qui est interrogé. Oui, si tout le monde se questionnait ainsi sur sa consommation, l’impact serait énorme.

On peut sourire en parcourant des blogs zéro déchet… Mais les alignements de bocaux et les jolies photos ne sont que la partie émergée de l’iceberg : derrière, les méninges remuent.

zéro déchet sans pression ni culpabilité

Les blogs zéro déchet : entre contradictions et lecteurs tâtillons

Il n’empêche, il y a des choses qui coincent avec le zéro déchet. Deux choses en particulier me font tiquer.

1. Quand le zéro déchet se contredit

Il y a des blogs qui ne parlent plus de rien d’autre que d’ACHETER. Des nouveautés, encore des nouveautés : peu importe qu’on pousse ostensiblement à la consommation, du moment que c’est sous l’étiquette bio, écolo, zéro déchet, éthique…

Malheureusement, une partie de la blogosphère vire clairement Télé Achat. Bien sûr, la publicité sous toutes ses formes est essentielle à la survie des blogs, aucune plume ne vivant grâce aux dons (inexistants) de ses lecteurs. (Intéressant, quand ces mêmes lecteurs défendent un autre rapport à l’argent que les échanges marchands, mais passons.)

Un peu de publicité ? D’une, pas le choix, et de deux, un blog peut être monétisé de manière éthique. De là à transformer son site en panneau publicitaire géant, alors même qu’on invite à un peu de mesure dans sa consommation ? Ça manque de cohérence.

Je ne blâme ni ne vise personne en particulier : je suis bien placée pour savoir que dès qu’on a un peu d’influence, les propositions de tester ceci ou parler de cela affluent de partout. Pas toujours facile d’y résister. Ni de prendre du recul quand on a le nez dans le guidon.

2. Quand les lecteurs mélangent leurs projections et la réalité

De l’autre côté, on a des lecteurs exigeants et parfois schizophrènes, qui oscillent culpabilité (« Je suis nul.le par rapport à elle/lui ») et procès en perfection. C’est Antigone 21 qui employait cette expression il y a quelques années, pour raconter ces gens qui l’attendaient au tournant, toujours là pour souligner la moindre contradiction dans ses actes. Je crois que c’est surtout une manière – perverse – de se dédouaner : les critiques renseignent plus sur ceux qui les émettent que sur ceux qu’elles visent…

Et si on arrêtait de toujours se comparer ? Il ne me paraît pas très sain de prendre qui que ce soit pour modèle, comme s’il / elle détenait une vérité absolue. Les blogueurs écolo, zéro déchet, etc. n’ont pas à être mis sur un piédestal, ils / elles sont comme tout le monde, pas parfaits.

On peut s’inspirer des astuces et réflexions qu’ils partagent, intégrer celles qui nous parlent dans notre quotidien. Faut-il culpabiliser au sujet des autres, ou fustiger ce qui ne nous semble pas aller assez loin ? Un peu de bienveillance, bordel.

Faire du zéro déchet une opportunité de s’interroger

Si je devais résumer ma pensée du jour, ce serait : lâchez-vous/nous/leur la grappe, et faites du zéro déchet une occasion de réfléchir. C’est pas un concours de qui a la plus petite (poubelle) !

Inutile de se culpabiliser parce que vous venez d’acheter tel ou tel objet, parce que votre maison est encore pleine de plastique, parce que chez vous ça ressemble plus à un champ de guerre qu’à un intérieur d’Instagram minimaliste (chez moi aussi, je vous rassure).

Inutile également de blâmer ceux qui poussent la démarche à fond : ils ont le droit d’aller au bout du bout de leurs convictions !

rien de neuf zéro waste france

Au cours d’une enquête sur les alternatives au neuf, j’ai longuement discuté avec Marine Foulon de Zero Waste France sur le bilan provisoire du Défi « Rien de neuf ».

Guess what ? La plupart des participants ont continué d’acheter du neuf… Mais différemment. On touche là à la raison d’être de ce défi : non, ils ne sont pas devenus zéro déchet, mais beaucoup ont moins acheté, réalisant qu’ils n’avaient pas vraiment besoin d’un objet. D’autres ont acheté neuf, mais en conscience, réfléchissant avant de passer à l’acte.

Bref, si l’objectif « Rien de neuf » est inatteignable pour la plupart, il a constitué un horizon pour repenser ses actions.

Alors le zéro déchet, on s’y met à son rythme, sans perfectionnisme et sans culpabilisation ?

 

Cet article vous a plu ? Glanez des astuces pour les différentes pièces de la maison :

Sans pression, évidemment !

 

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4 commentaires

  1. Muriel Répondre

    Merci pour cet article, c’est exactement ainsi que je vois la vie, et les différentes sources d’inspiration via les blogs que je parcours
    et tant que j’y suis, merci pour ce blog et ces pistes que tu nous offres 🙂

  2. Nadège Répondre

    Très belle réflexion. J’ai moi-même eu une période très extrême pendant laquelle je voulais tout faire bien et me mettais une énorme pression. Maintenant, j’ai un peu levé le pied : je me contente de faire de mon mieux, avec mes facilités et mes limites. Cela ne m’empêche pas de chercher des solutions pour diminuer encore mes déchets, mais je le fais sans me prendre la tête…

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