Peut-on faire confiance au bio de supermarché ?

Peut-on faire confiance au bio de supermarché ?

faire confiance au bio de supermarché
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Dans les rayons des grandes surfaces, les produits estampillés AB prolifèrent. Le label vert ne cesse de coloniser la grande distribution… Mais peut-on vraiment faire confiance à ces produits bio de supermarché ? Sont-ils semblables ou différents de ceux qu’on trouve ailleurs ?

Bio success story : un marché à la croissance exponentielle

Si je vous dit bio, vous pensez aussitôt bobos, centre-ville, hors de prix. Vous n’avez pas totalement tort… Mais plus tout à fait raison. L’essor de ce secteur montre que les questions de santé et d’environnement ne sont pas l’apanage des cadres sup ni des hippies.

En 2017, le marché du bio en France représente 8,37 milliards d’euros de chiffre d’affaire, une croissance de 17% par rapport à l’année 2016Et c’est bien là le principal problème.. Tous les médias vous le disent : le bio « ne connaît pas la crise ». Pourquoi ce succès ? La recette est sans doute un mélange de lasagnes au cheval, de foodporn sur Instagram et d’Élise Lucet. Ou quelque chose dans le genre.

Face à une telle déferlante, la grande distribution ne pouvait pas rester les bras croisés. Elle a donc déployé ses méthodes pour conquérir ce marché florissant. Force est de constater qu’elle y parvient : en valeur, 46% des produits bio vendus en France le sont dans les grandes et moyennes surfaces, devant les magasins spécialisés (36%) et la vente directe (13%).

Consommer mieux : le trio sain, éthique, écologique

consommer sain éthique écologique

Malheureusement, c’est pas marqué dessus (pas comme le Port-Salut.)

Que signifie « consommer mieux » ? Pour ma part, voici ma sainte trinité :

    • Sain : Le produit doit respecter ma santé, en étant exempt de substances néfastes, allergènes, cancérigènes, toussa toussa. Mais aussi en m’apportant des bienfaits, c’est-à-dire des nutriments pour aliments, et de l’efficacité produits cosmétiques, ménagers, etc.
    • Éthique : Le producteur (et ses employés s’il en a) doit être correctement rémunéré. J’accepte de payer plus cher… À condition que les intermédiaires ne s’octroie pas de généreuses marges sur le dos des producteurs et consommateurs. L’origine des marchandises peut être tracée et les conditions de fabrication sont transparentes.
  • Écologique : Les conditions de production, de transformation, de transport et de distribution doivent respecter l’environnement. Elles ne génèrent pas des tonnes d’émissions de gaz à effet de serre. Elles n’empoisonnent pas les milieux naturels et n’impliquent pas de maltraitance animale. Entre autres.

À mes yeux, ces trois principes définissent vraiment l’esprit du bio, celui dont on rêve en passant à la caisse. Mais ce n’est pas forcément ce que garantit le label. Et c’est bien là que les Athéniens s’atteignirent, que les Perses se percèrent et que les Hippies pinaillèrent.

Lire aussi : « Le bio n’est-il rien d’autre qu’une agriculture sans pesticides ? »

Le bio de supermarché : globalement moins cher qu’ailleurs…

Toujours selon l’Agence Bio, à l’exception des fruits et légumes (qui sont moins chers quand achetés directement au producteur), c’est dans les moyennes et grandes surfaces que les prix des produits bios sont les plus bas.

Pourquoi le bio de supermarché est-il moins cher que celui des magasins spécialisés ? Parce que les prix bas, c’est leur domaine, aux moyennes et grandes surfaces. Pour y parvenir, elles achètent… à des prix bas. Pour s’approvisionner, les supermarchés sont regroupés en 5 grandes centrales d’achat, qui sont donc en position d’oligopole et ont tout pouvoir pour négocier les prix à la baisse.

… Mais pas à n’importe quel prix !

Du coup, les supermarchés exercent une véritable pression sur les agriculteurs et les éleveurs, qui ne parviennent pas à se rémunérer correctement. D’autant plus que la taille des exploitations est souvent plus petite et les rendements moins élevés en bio qu’en agriculture/élevage conventionnel.

Cette politique des prix bas conduit également les supermarchés à importer les produits les moins chers possible. C’est-à-dire qu’ils viennent de plus en plus loin, et dans les conditions de production que vous imaginez. Les tomates ou les poivrons bios d’Espagne, présents toute l’année sur les étals, d’où viennent-ils ? De la province d’Almeria (alias la mer de plastique). Une région désertique où les légumes poussent sous serre, dans du sable où l’on verse des nutriments – bios ! – au goutte à goutte… Le tout en faisant travailler des immigrés dans des conditions illégales et indécentes. Allez, bon appétit !

La bio de supermarché : des produits comme les autres ?

Capture d’écran du documentaire « Produire bio, un business comme les autres ? » de Christian Jentzsch. Voici la mer de plastique d’où viennent certains de nos fruits et légumes, y compris bios.

Et les produits bio importés ?

En plus du caractère foireux de ces pratiques sur le plan éthique et environnemental, l’importation pose un problème de contrôle. Difficile, en faisant venir des produits de Chine, de s’assurer du respect de la réglementation bio ! Et les affaires d’arnaques et de fraudes se multiplient…

En clair, si les prix baissent, on s’éloigne toutefois de la philosophie du bio.

La grande distribution profite de la « démocratisation du bio »

La demande de produits bio a tellement explosé que pour l’instant, la production ne suffit pas pour y répondre. En l’espace d’un an, le nombre de rayons dédiés au bio dans l’hypermarché où je me rendais occasionnellement a quadruplé. QUADRUPLÉ. Oui, la bio de supermarché prolifère tous azimuts, et de plusieurs manières :

    • Agrandissement des rayons dédiés, notamment chez Carrefour – leader avec 20% des parts de marché, ou Leclerc, qui s’affirme de plus en plus sur ce segment ;
    • Lancement de magasins spécifiques (« Carrefour Bio » ou « Cœur de Nature » ouvert par Auchan)
  • Rachat des leaders du marché par la grande distribution (le site Internet Greenweez par Carrefour, la chaîne francilienne Naturalia par le groupe Casino via Monoprix…)

En théorie, on devrait se réjouir du développement d’une offre en bio globalement moins chère qu’en magasins spécialisés, et qui respecte pourtant le même cahier des charges et la même réglementation. Je suis pourtant assez sceptique quant à la soi-disant « démocratisation du bio »…

Les Français font confiance au bio

Personne n’est dupe concernant l’essor du bio. Tout le monde ou presque y voit un opportunisme. Les grandes surfaces s’y sont converties parce qu’il y a un filon à exploiter et qu’elles auraient bien tort de s’en priver.

Pourtant, paradoxalement, les Français déclarent faire confiance au bio. Le terme renvoie une image positive, un côté un peu « gentil ». Il donne au consommateur échaudé par une kyrielle de scandales sanitaires l’impression de reprendre le contrôle de son assiette/de ses placards.

Prenons la marque de distributeur Bio Village de Leclerc. Les termes sont drôlement bien choisis, qui penserait spontanément que derrière un logo inoffensif se cachent des méthodes de production et de distribution identiques à celles de l’agriculture conventionnelle ?

citrons bio de supermarché

Sérieusement, ils font pas rêver les citrons Bio Village de chez Leclerc, avec leur emballage inutile et la mention « Origine Espagne » ?

A priori, il n’y a pas de filière bio à deux vitesses. Les règles sont les mêmes pour tout ceux qui demandent la certification. En revanche, il y a beaucoup d’incompréhensions sur ce qu’est véritablement le bio.

Lire aussi : « 10 idées reçues sur les produits biologiques : démêler le vrai du faux »

Les produits bio de supermarché : une bio au rabais ?

De plus en plus d’enseignes profitent de l’aura positive dont bénéficie le bio pour commercialiser des produits qui ne correspondent absolument pas à l’idée – un peu naïve – que s’en fait le consommateur lambda. Oubliez les petits paysans, le retour à la Terre, le soutien à l’économie locale et toutes les images un peu bucoliques que vous avez en tête.

La réglementation européenne garantit des produits exempts de pesticides chimiques et d’engrais de synthèse, comportant au maximum 0,9% d’OGM (et 5% de non-bio dans les produits transformés). Voilà pour les différences avérées avec les produits dits conventionnels.

En revanche, la monoculture et les cultures hors-sol, les procédés pour accélérer la croissance des aliments au détriment de leurs qualités gustatives ou nutritionnelles, les importations lointaines, la précarité des travailleurs… ça se fait aussi en bio.

Concrètement, la grande distribution vend des produits ou aliments sans pesticides / engrais chimiques et (presque) sans OGM, point. En dehors de cette garantie, il est parfois difficile de savoir ce qu’on achète.

Le supermarché, promoteur d’un modèle de consommation unique et dépassé

ne plus aller au supermarché

Personnellement, je ne vais plus au supermarché. (Bon ok, sauf cas d’extrême urgence, du style détresse de PQ un dimanche.) Pourquoi ? Parce qu’avec ses rayons interminables où on se perd, il symbolise vraiment tout ce qui cloche. Un étalage de produits qui donne aux consommateurs l’illusion du choix, alors qu’ils sont insérés dans un système auquel n’existe aucune alternative de taille.

Le supermarché nous impose tout, et notamment le contenu de notre assiette, en se faisant la courroie de transmission directe de l’industrie agro-alimentaire (et depuis Cash Investigation, ça vous inspire moins, non ?) Ses rayons débordent d’aberrations nutritionnelles et de produits néfastes voire dangereux, auxquels nous sommes tellement habitués que nous ne voyons même pas à quoi pourraient ressembler d’autres options.

Et si nous voulions consommer autrement ?

Où sont passées toutes nos variétés de fruits et légumes, de céréales, de légumineuses, d’herbes aromatiques ? Ne peut-on consommer autre chose que des céréales raffinées, de la farine de blé et du pain blanc ? Doit-on vraiment ramener chaque semaine chez soi suffisamment d’emballages pour s’en faire une cabane ?

Fréquenter d’autres lieux de consommation m’a permis de constater combien ce grand déballage m’était – la plupart du temps – inutile.

Bien sûr que non, la grande distribution n’est pas le suppôt de Satan. Il existe certainement des produits bios (ou non, d’ailleurs) tout à fait corrects et qui se vendent en supermarché. Mais avec un fonctionnement aussi opaque, difficile d’en avoir la certitude. Et surtout, la grande distribution, c’est une philosophie à laquelle je n’adhère pas.

consommer autrement supermarché

Le guide survie pour qui voudrait consommer bio au supermarché

Tout le monde n’a pas la possibilité ou l’envie de faire son petit marché, de se rendre en magasin spécialisé ou directement à la ferme, ni même de commander sur Internet. Si le supermarché est votre seule option ou si vous êtes un inconditionnel du caddie, comment limiter les dégâts ? Voici quelques pistes pour consommer mieux, même sous les néons :

    • Achetez local : Le fameux Made in France… Allez, je ne vous dis pas d’enfiler une marinière et de poser en couverture du Parisien, mais d’éviter les produits d’importation, moins bien contrôlés et dont l’acheminement entraîne plus d’émissions de gaz à effet de serre.
    • Évitez les produits transformés : Plats tout prêts, gâteaux, préparations culinaires… Dès que vous vous éloignez des produits bruts, il y a de grandes chances pour ce que vous achetiez contienne des additifs, du sucre ou du sel en excès… Plus le produit est transformé, moins vous savez ce qu’il y a dedans.
    • À défaut, lisez les étiquettes : Comme il est parfois bien pratique d’acheter des choses toutes faites, je vous conseille d’apprendre à décoder un peu les étiquettes. Ça peut sembler compliqué, mais il n’y a pas besoin d’un doctorat en chimie pour ça, et on apprend vite. Dans une liste d’ingrédients, les substances sont classées par ordre d’importance dans la recette. Vous risquez d’avoir quelques surprises…
  • Méfiez-vous du marketing bio : L’industrie agro-alimentaire a bien compris que vous vouliez du bio, du naturel, du sain, que ça fleure bon le terroir et l’amour de son prochain. Elle vous propose donc des packaging adaptés, avec des images et des mentions trompeuses en grosses lettres capitales. Aucune réglementation ne l’empêche de coller de grosses fraises charnues sur un paquet de céréales qui contient du sucre, des flocons d’avoines insipides et trois pétales de fraise desséchés (cf. point précédent : lisez les étiquettes !) MÉFIIIANCE DONC.

Sources / Pour aller plus loin :

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Anaelle
Blogueuse engagée. Écologie, société et autodérision.

9 Responses

  1. Matthieu dit :

    Rien que pour cette image du Duc en peignoir au rayon laitages, cet article mériterait d’être lu des millions de fois ! 😀
    Merci en tout cas, je découvre votre blog et m’y abonne illico !

  2. Verger Denis dit :

    Bonjour, je vous remercie pour cet article intéressant et marrant. Que pensez-vous des « Biocop » et de leurs « produits labellisés »?

  3. Anaelle dit :

    Bonjour et merci pour votre commentaire ! Je trouve ça tout de même très étrange de vouloir absolument critiquer un article que vous n’avez visiblement pas lu car ce que vous écrivez en commentaire est exactement le sens de mon propos.

    • Plaza dit :

      Bonjour, j’ai bien lu votre article il y donc peut-être un problème de formulation. Sans animosité je faisais référence à ces deux idées:
      Sain, éthique et écologique « À mes yeux, ces trois principes définissent vraiment l’esprit du bio ». Ce sont en réalité, trois idées, trois vertues différentes, je ne vois pas le rapport entre biologique et éthique par exemple. Pourquoi vouloir les fusionner?
      Ma deuxième observation était à propos de cette phrase: « éviter les produits d’importation, moins bien contrôlés et dont l’acheminement entraîne plus d’émissions de gaz à effet de serre. » C’est une idée très répandue mais très fausse de penser que l’acheminement de pays lointains émettent plus d’émissions de gaz que l’acheminement local. En effet, les « circuits courts » où il y a peu d’intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs sont souvent bien moins organisés que les « circuits longs » où les intermédiaires sont nombreux (transport, stockage, transformation, centre commercial…). Les fruits et légumes transportés en camionnette par petites quantités sur des dizaines de kilomètres, sont souvent plus coûteux en énergie qu’un distributeur d’hypermarchés qui livre plusieurs tonnes de fruits et légumes en un seul trajet. Les produits locaux ne sont donc pas forcément moins coûteux en énergie que les produits issus de l’importation.

      • Anaelle dit :

        En effet Marion, vos remarques sont très justes. Peut-être y a t-il un souci de formulation… Ou bien un souci d’interprétation 😉

        Bien sûr que le sain, l’éthique et l’écologique sont trois notions différentes. Mais initialement, la bio était porteuse de ces trois valeurs. Elle l’est toujours chez certains, d’ailleurs. Et c’est bien parce qu’une partie des producteurs de bio se détachent de cet esprit en ne proposant rien d’autre qu’une agriculture conventionnelle – sans pesticides de synthèse – que celle-ci perd en crédibilité. La bio, c’est un autre modèle. En tout cas, c’est le point de vue que je défends dans cet article !

        Je n’ai jamais affirmé que le local était toujours meilleur, il doit aussi – et surtout – être de saison. Les deux sont indissociables ! Pour le transport, il est vrai que les circuits courts ne sont pas si simples à organiser. Mais avec des plateformes qui regroupent des producteurs locaux, par exemple, on évite le casse-tête de la logistique du dernier kilomètre tout en bénéficiant de produits de proximité.

        Bref, je m’étonne de vos remarques, car sur le fond, nous sommes d’accord…

  4. Agneta dit :

    Bonjour,
    l’article m’a semblé intéressant mais je déplore les généralisations sur l’Espagne qui n’est pas un mauvais élève dans tous les apsects des produits alimentaires et a considérablement amélioré la qualité de certaines denrées alimentaires bio. Je suis française et habite en Espagne. De part ma profession j’assiste à bon nombre de salons et de foires alimentaires et voyage en Europe notamment. le problème réside sans doute dans les organismes de certifications mais faut-il bien rappeler que ce sont des certifications européennes donc en principe validées par l’union européenne et non l’Espagne. Les problèmes sont donc les standards communs, pas l’Espagne. Les amalgames de BIO / Diététique/Plus sain/ plus responsable, les produits GLUTEN FREE, LACTOSE FREE… sont bien reçus par les consommateurs qui ont maintenant peur du gluten et l’incrimine sans raisons réelles de le considérer comme l’ennemi public numéro 1. Il semble que la diversion des grandes industries et lobbies du sucre, des graisses et de la mauvaise bouffe, gagne bien dans tout cela en lançant des gammes bio et en mettant de coté les aspects nutritionnels… mangez BIO oui mais mettre de coté les aspects nutritionnels, pourquoi?

    Je vous remercie pour le partage des informations de l’article. Sans doute le débat sur la révolution BIO, nous demandera des heures et des heures de réflexions sur la portée et l’étendu de ses conséquences et de son avenir…

    Bien Cordialement

    • Anaelle dit :

      Bonjour Agneta, merci pour ces précisions. Je suis bien d’accord avec vous, le problème n’est pas l’Espagne mais ce que la certification bio européenne permet.
      J’ai écrit un article sur ce que garantit réellement le label bio, il vaut mieux le savoir avant de s’y fier les yeux fermés. Et oui les grands gagnants de tout ça, ce sont les industries agroalimentaires qui surfent sur toutes les vagues… On pourrait en parler longuement ! Bonne journée 🙂

  5. Noemie Roy dit :

    Super article, merci ! Ne soyons pas trop dupes, soyons bio ! On m’a diagnostiqué le syndrôme du côlon irritables il y a plusieurs années et le bio et le sans gluten sont entrés dans ma vie… Je me sens tellement mieux ! Je remercie presque ma maladie de m’avoir ouvert les yeux sur la mauvaise herbe que j’ingurgitais jusque là ! Et sur le mal que cela produisait à Mère Nature et aux hommes… Le prochain pas, mon potager à moi, plus bio que ça on ne fait pas !

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