Surgras, saponifié à froid… Comment choisir son savon ?

comment choisir savon saponifié à froid
Temps de lecture : 7 minutes

Plus écolo et moins cher que le gel douche, le savon fait partie de ces produits d’hygiène et cosmétiques sains, en plus d’être zéro déchet ! Oui, le savon a tout bon, à condition d’être de bonne composition. Car entre les savons dits « de Marseille » qui n’en sont pas, la multiplication des produits bio, surgras, saponifiés à froid, au lait d’ânesse… Comme d’habitude, on nage complet. Et si on se penchait un peu là-dessus ?

 

(Certains liens contenus dans cet article sont affiliés. Pour comprendre ce que c’est, n’hésitez pas à consulter la page dédiée.)

Déjà, la saponification, c’est quoi ?

Si vous savez déjà comment fabriquer un savon, vous pouvez passer à la suite. Mais franchement, qui dans l’assistance sait comment on fait les savons ? Hein ?

Allez, j’avoue que moi aussi j’ai Googlé, et même YouTubé pour comprendre ce qu’est la saponification : une réaction chimique, découverte par le Français Michel-Eugène Cheuvrel en 1823. Allez savoir comment on se lavait avant ça… Bref, le savon se forme à partir :

  • d’un corps gras, comme les huiles végétales ;
  • d’un agent alcalin, comme la soude, la potasse, la cendre…

Le mélange des deux entraîne le processus de saponification. Il produit du savon et de la glycérine, cette dernière pouvant être retirée ou laissée dans le mélange.

choisir savon saf

Saponification à chaud ou à froid ?

Les savons cuits au chaudron

La saponification peut être accélérée par la chaleur. Les savons d’Alep et de Marseille sont par exemple saponifiés à chaud. Les ingrédients de base (huiles végétales et soude) sont chauffés aux alentours de 100°C pendant plusieurs heures, et le mélange est remué pour une réaction plus rapide.

Dans ce procédé, on utilise de l’huile d’olive ou de baies de laurier (pour les savons les plus purs), voire de palme et de coco, car ces huiles sont résistantes à la chaleur.

En fin de réaction, la pâte est souvent lavée plusieurs fois avec de l’eau salée : si le sel capte l’excédent de soude, l’eau en revanche enlève la glycérine qui s’est formée pendant la saponification.

Ainsi, si les vrais savons de Marseille ou d’Alep sont de très bonne qualité, ils peuvent néanmoins assécher la peau, car la plupart ne contiennent pas ou peu de glycérine. Sans compter que la chaleur dégrade un peu les propriétés des huiles.

Pour en savoir plus, lire l’article : « Où trouver un VRAI savon de Marseille, artisanal et sans additifs ? »

Et c’est là, vous vous en doutez, qu’arrivent les arguments en faveur des savons à froid…

Les savons saponifiés à froid

Dans ce procédé, on travaille au maximum à température ambiante. Seuls quelques ingrédients sont chauffés : l’huile de coco, par exemple, a besoin d’être tiédie pour retrouver son état liquide et pouvoir être travaillée. Idem pour la cire d’abeille, le cacao, le karité, etc.

Les ingrédients sont mélangés à la soude à l’aide d’un mixeur. Quand l’ensemble commence à épaissir, on le coule dans un moule où la réaction de saponification peut s’achever tranquillement. Une fois durci, le savon est démoulé et coupé en tranches, puis on le laisse sécher au moins 4 semaines, parfois bien plus.

procédé saponification à froid
La saponification à froid chez Louise Émoi

Forcément, la saponification à froid est bien moins rentable que la saponification à chaud ! Toutefois, cette méthode a l’avantage de mieux conserver les propriétés des huiles, beurres, laits. La glycérine, qui adoucit la peau, est également gardée dans ce procédé.

Quand et comment utiliser un savon saponifié à froid ?

À mes yeux, le savon à froid est indispensable pour la toilette du visage, car il va nettoyer sans décaper, un indispensable pour les peaux grasses ou acnéiques (et un très conseillé pour les autres).

Les peaux sèches et sensibles feraient également mieux de l’utiliser pour le corps, pour éviter les tiraillements de la peau. Moi sous la douche, je reste fidèle à mon savogan de Marseille ou gaid’Alep. En effet, parce qu’ils sont fabriqués de manière artisanale, les savons à froid sont plus chers que les autres… Mais restent malgré tout nettement plus avantageux que les gels douche !

Et pour transporter vos cosmétiques solides, équipez-vous d’une boîte à savon en inox, imperméable et qui ne rouille pas 😉

Comment reconnaître un vrai savon artisanal et saponifié à froid ?

Au royaume du savon, le greenwashing et le healthwashing sont rois. Beaucoup de fabricants industriels profitent du manque d’information des consommateurs (voire de leur flemme ou de leur désarroi) pour faire passer leurs produits pour beaucoup plus sains qu’ils ne sont. Heureusement, je n’ai rien d’autre à faire de mes journées que de potasser ce genre de sujets (non, je déconne) 😉

Haro sur les graisses animales

À mon sens, un vrai savon saponifié à froid ne contient pas d’huile de palme, ni de graisses animales. L’huile de palme en soi ne pose pas de problème, elle a de bonnes propriétés cosmétiques, mais sa production entraîne une déforestation massive. Sachant que des acteurs comme le WWF se mobilisent pour structurer une filière durable, je laisse à chacun le soin de se faire sa propre opinion. Pour la graisse animale (aussi appelé suif), celle-ci est fabriquée à partir de carcasses de bétail dont on peut difficilement connaître la provenance.

Comment savoir si vos savons contiennent l’un ou l’autre ? Encore et toujours la fameuse liste INCI ! Parmi les ingrédients, et particulièrement les deux premiers, vous ne devez pas trouver :

  • Sodium palmate / sodium palm kernelate : l’huile de palme.
  • Sodium tallowate : les graisses animales.

Oh, wait…

savon sugras rogé cavailles
Je voudrais bien rencontrer les dermatologues qui recommandent ce savon, quand même.

Nota bene (mais alors bene) : ce n’est pas parce qu’un savon est vendu en pharmacie ou parapharmacie que c’est un bon produit !

Les savons industriels, le sale business du propre

Les savons industriels sont fabriqués à partir d’une pâte à savon déjà prête, les bondillons, eux-mêmes principalement composés d’huile de palme et/ou de graisse animale. Dans ce procédé, la glycérine naturelle est enlevée lors de la saponification, pour deux raisons :

  • parce qu’elle encrasse les machines et provoque des pannes ;
  • parce qu’elle peut être revendue bien plus cher à l’industrie des cosmétiques.

Pour fabriquer les savons industriels dits « surgras », la glycérine est ajoutée en toute fin de procédé et en petites quantités, souvent sous une forme synthétique. Au final, le savon n’a rien de surgras (à hauteur de 1-1,5 % contre 5-10 % dans les « vrais » savons surgras), mais il est bien cracra.

Nota bene (mais alors bene) bis : malheureusement, les savons industriels « bio » ne sont pas beaucoup plus appétissants… La principale différence étant que leurs ingrédients sont bio. Voilà voilà !

Indices pour repérer un vrai SAF

Que faut-il savoir d’autre sur l’INCI ? Les ingrédients peuvent être listés de deux différentes manières. Soit on mentionne les matières premières mélangées avant la saponification, soit les ingrédients présents après.

  • Dans le premier cas, on lira le nom des matières premières (Olea europaea fruit oil, cocos nucifera oil, etc.), ce qui est un peu plus sexy.
  • Dans le second cas, on lira le nom des huiles saponifiées (sodium olivate, sodium cocoate, etc.) c’est-à-dire ce qu’il reste dans le produit fini. Vous ne verrez donc pas apparaître la soude, par exemple.

Notez que dans le cas des savons surgras (voir plus bas), il y a à la fois des huiles saponifiées et des huiles non saponifiées : vous devriez donc trouver les deux types d’ingrédients !

Des pains de savon en plein séchage

Souvent, les artisans savonniers indiquent aussi le nom des ingrédients en français pour aider leurs clients à s’y retrouver.

Autre caractéristique du savon saponifié à froid – SAF dans le jargon 😉 – : la découpe se fait de manière artisanale, elle n’est donc pas millimétrée !

Beaucoup arborent la mention « saponifié à froid » gérée par l’Association des nouveaux savonniers, le label Nature & Progrès (plus exigeant que Cosmebio) ou la mention Slow Cosmétique.

Sauf rares exceptions, on ne les trouve pas en supermarché ou en (para)pharmacie mais plutôt sur les marchés ou bien en boutique bio, épiceries, herboristeries…

La folie des savons surgras, au lait d’ânesse…

L’intérêt des savons purs, qu’ils soient saponifiés à chaud ou à froid, c’est que leur formulation est très simple. Ils sont fabriqués à partir d’une poignée d’ingrédients naturels, et sont totalement hypoallergéniques. C’est pourquoi ils sont recommandés aux bébés, aux enfants, aux femmes enceintes (en fait à tout le monde, car ce qui leur fait du bien vous en fait aussi.)

Toutefois, beaucoup d’entre eux incorporent plein d’additifs plus ou moins utiles et plus ou moins naturels : huiles essentielles, argile, curcuma, beurre de karité, lait d’ânesse… Tous, bien sûr, ayant des propriétés miraculeuses.

Comme toujours, il est difficile de démêler le vrai du faux : ces allégations ne s’appuyant souvent sur rien de scientifique.

savon bio artisanal

Le savon surgras : attention aux mentions trompeuses

Un savon surgras est un savon enrichi en huiles et beurres gras. Il laisse un léger film sur la peau, permettant d’éviter la sensation de tiraillement que certains peuvent ressentir en sortant de la douche.

Un savon artisanal et fabriqué à froid est hydratant de base, puisqu’on conserve la glycérine issue de la saponification. Le surgraissage, quant à lui, peut intervenir :

  • dans la formule (une partie des ingrédients n’est pas transformé en savon et reste à l’état d’huile) ;
  • en enrichissement (des huiles et beurres sont ajoutés après saponification).

Dans tous les cas, fuyez les savons industriels qui apposent la mention surgras, même s’ils sont vendus en parapharmacie et « recommandés par des dermatologues ».

Les savons aux huiles essentielles

Un autre avantage des savons à froid sur les autres, c’est qu’ils peuvent incorporer des huiles essentielles (celles-ci détestant être chauffées).

Si je ne m’avancerai pas sur leurs propriétés, force est de constater que certains mélanges ont une odeur délicieuse. De là à dire qu’ils vont régler des problèmes d’acné, de couperose, d’eczéma… C’est un pas que je ne franchirai pas. D’une part, parce que ça varie énormément d’une personne à une autre, et d’autre part, parce qu’un savon à lui seul ne peut pas régler tous nos problèmes (non, non, je vous assure.) Personnellement, mon seul critère de choix, c’est l’odeur !

Évidemment, femmes enceintes et enfants éviteront les savons aux huiles essentielles 😉

Le savon au lait d’ânesse : miraculeux, vraiment ?

savon bio au lait d'ânesse

Que penser des savons aux laits animaux, ânesse mais aussi brebis, jument… ? Depuis quelques années, ils ont colonisé les rayons cosmétiques bio avec leur argumentaire à base de douceur et d’anti-rides.

Produit rare, le lait d’ânesse est de ce fait cher. La légende de Cléopâtre prenant des bains au lait d’ânesse a pas mal pimpé la réputation de ce lait qui aurait des propriétés nourrissantes, réparatrices, etc.

Ces affirmations ne sont basées sur aucune étude scientifique, mais la science a aussi d’autres priorités. Si vous aimez ces savons et qu’ils vous conviennent, pourquoi pas ? Prenez simplement garde à ce qu’ils soient de qualité, à base de lait frais produit dans le respect de l’animal, et présent en quantité suffisante pour justifier un quelconque bienfait… Le label Nature & Progrès ou la mention Slow Cosmétique sont de bons indicateurs de qualité, comme l’explique Julien Kaibeck dans son article sur les bienfaits du lait d’ânesse.

Quel savon saponifié à froid choisir ?

Il y a de plus en plus d’artisans producteurs de savons à froid, ce qui signifie qu’il y en a sûrement un près de chez vous, qui vend ses produits en magasin bio, sur un marché, etc.

Pour ceux qui chercheraient sur Internet, voici quelques uns de mes préférés, à la fois de qualité et abordables.

Les savons à froid Clémence et Vivien

savon bio à froidDéjà fan fan fan de leurs déodorants, j’ai testé les savons à froid de la marque Clémence et Vivien et j’ai eu un gros coup de cœur.

Abordables et joliment packagés, ils existent en plein de senteurs. J’ai adoré « Le Vahiné », à l’argile rose et ylang-ylang… Les peaux sensibles et réactives préfèreront évidemment « Le Chérubin », sans parfum.

Où les trouver ? Sur leur site, sur Monde Bio ou sur le e-shop de la Slow Cosmétique.

Les savons à froid Louise Émoi

savon naturel louise émoi

Les savons de la jolie marque Louise Émoi sont certifiés Nature & Progrès. Ils proposent une large gamme de savons et shampoings solides bio. J’utilise actuellement le Niaouli ni bouton pour me laver le visage sans décaper la peau, et le Délice d’Alep pour le corps. Ils ont même un savon Couleur Café dont je me sers pour faire la vaisselle. À part qu’il me fait siffloter du Serge Gainsbourg pendant 3h, ça marche très bien 😉

Où les trouver ? Sur leur site ou sur le e-shop de la Slow Cosmétique.

Les savons à froid Gaiia

savon dermatologique à froid gaiiaDepuis 2009, la marque Gaiia fabrique des « savons dermatologiques », saponifiés à froid. Outre la grande qualité de leurs produits, j’apprécie tout le travail de pédagogie qu’ils ont fait autour de l’artisanat et de la saponification à froid. Je me suis servie – entre autres – de leurs articles de blog pour écrire ce billet. Faites y un tour pour en savoir plus sur les savons à froid !

Où les trouver ? Sur leur site, sur le e-shop de la Slow Cosmétique, et depuis peu chez Nature & Découvertes.

Si vous avez d’autres questions sur les savons saponifiés à froid, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires 😉

Vous n’en avez pas eu assez ? Lisez mon article : « Quel déodorant bio, naturel et efficace choisir ? »

 

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5 commentaires

  1. Armelle Répondre

    Ton article est très complet. Je ne suis cependant pas d’accord avec tes restrictions face aux graisses animales. Chacun se fait un avis en accord avec ses convictions, mais en temps qu’ingrédients les graisses animales ont leurs avantages, elles sont très bon marché pour qui fait ses savons maisons et valorisent un produit voué à la poubelle. Mais si c’est pour un savon acheté, tout comme toi, à prix égal je privilégie également les meilleures huiles.

  2. Natacha Répondre

    Bonjour Anaelle,
    J’adore ton blog, je l’ai découvert il n’y a pas longtemps et il m’aide beaucoup dans ma transition !
    J’ai une petite question : tu parles dans cet article de Sodium tallowate, issu de carcasses d’animaux.
    Pourtant, sur la Vérité sur les Cosmétiques, il est noté « bien ». J’ai regardé par curiosité et c’est également le cas pour de nombreux ingrédients d’origine animale. Comment est-il possible qu’un composant issu de carcasses d’animaux soit aussi bien noté ?? Est-ce que ça veut dire que (malgré son origine), c’est un ingrédient de qualité ? Ce n’est pas un peu contradictoire ?
    Merci ! 🙂

    • Anaelle Auteur de l’articleRépondre

      Merci Natacha ! Des sites comme La Vérité sur les cosmétiques notent uniquement la sûreté des ingrédients, non pas leur efficacité, leur qualité, ou le caractère éthique de leur utilisation. L’info à retenir est donc qu’il n’y a aucun danger à utiliser de la graisse animale. De là à dire que c’est un ingrédient de qualité… 😉

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