Slow fashion : et si on s’habillait éthique et responsable ?

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Temps de lecture : 5 minutes

Acheter moins, mais mieux : tel est le moto de la slow fashion, qui prône une mode moins frénétique, moins hystérique et plus qualitative. Vous en avez peut-être entendu parler cette semaine, à l’occasion de la Fashion Revolution Week.

Il y a cinq ans, le 24 avril 2013, l’immeuble du Rana Plaza au Bangladesh s’effondrait, faisant plus de 1 100 morts et 2 500 blessés. Les victimes ? Principalement des ouvrières qui travaillaient dans des ateliers de confection de vêtements, sous-traitants des multinationales. Ce drame a secoué le monde, jetant une lumière crue sur les conditions de production des vêtements que nous portons tous les jours.

Le rythme intenable de la fast fashion

Pour renouveler leurs collections tous les mois, les grandes enseignes de la mode doivent produire vite et à moindre coût. Ce rythme infernal implique de délocaliser là où la production est la moins chère. Mais à force de sous-traiter à des sous-traitants qui sous-traitent, les marques ont perdu le contrôle… Jusqu’au drame.

En France, on estime que 70% des vêtements vendus sont fabriqués en Asie du Sud-Est. Dans notre monde globalisé, acheter un vêtement n’est pas anodin. À chaque passage devant un caissier blafard de chez Zara, nous cautionnons un système qui démolit l’environnement et exploite les êtres humains.

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C’est pas le rêve de tout le monde d’avoir une Singer.

Je sais, je sais, ce n’est pas nous qui enchaînons les ouvriers aux machines pour un dollar cinquante, ce n’est pas nous qui arrosons nos vêtements de produits chimiques et toxiques… Mais c’est nous qui achetons des fringues produites dans ces conditions. Et fichtre, vu la vitesse de renouvellement de nos gardes-robes, on ne fait pas semblant. Pourtant, on ne peut pas dire qu’on ne savait pas.

La fast fashion, tout le monde s’accorde à dire que c’est mal, mais concrètement, que faisons-nous pour l’arrêter ? Habitués aux tee-shirts à 5 ou 10 euros, nous avons du mal à changer de modèle. Le drame du Bangladesh, c’est affreux, mais c’est loin. Plus près de nous, il y a tellement d’autres choses qui nous préoccupent…

Heureusement, la révolution de la mode est en marche. Et si on rejoignait le mouvement ?

De la fast fashion à la slow fashion : une vraie révolution… de tortues !

Cinq ans après l’effondrement de l’usine textile bangladaise, il y a eu quelques avancées. Les grandes enseignes occidentales ont pris conscience de leur responsabilité sociale. Certaines comme Primark ont mis en place des mesures pour indemniser les victimes. Et pour des raisons de réputation, toutes ont bien compris leur intérêt à renforcer le contrôle de leur chaîne de production…

La sécurité des infrastructures a progressé, grâce notamment à un accord sur la sécurité mis en place sous la supervision de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Il a été signé fin 2013 par 222 marques de vêtements, pour une durée de 5 ans. Les usines textiles sont poussées à rénover leurs installations, et à se soumettre à des contrôles indépendants. 

Ce programme a permis de sécuriser plus de 1600 usines et donc près de 2 millions de travailleurs, sur les 4 500 usines et 4 millions de travailleurs que compte le Bangladesh. Le salaire minimum des ouvriers a également été augmenté, mais il reste très faible. Il y a donc de vrais progrès, mais encore beaucoup de travail !

En France, la loi sur le devoir de vigilance des entreprises est entrée en vigueur en 2017. Elle impose aux multinationales de surveiller un large éventail de risques liés aux droits fondamentaux de ses salariés et de ses sous-traitants, aussi bien en France qu’à l’étranger. Et ça ne plaît pas trop aux entreprises concernées ! Mais en l’absence d’une directive européenne, l’impact de cette loi reste très limité.

La slow fashion, on s’y met ?

Bref, comme toujours, on ne peut compter sur les seuls lois et règlements pour faire avancer la micheline. Il faut agir ! 

Depuis le Rana Plaza, la Fashion Revolution Week a lieu chaque année à la fin du mois d’avril. Pendant une semaine, les acteurs de la mode responsable mettent en lumière les ravages de la fast fashion, et promeuvent des alternatives durables à celles-ci.

fashion revolution week france
Rejoignez le mouvement sur Facebook, Instagram, Twitter… Et dans vos armoires !

Grande émettrice de carbone, de déchets et de polluants, la fast fashion doit être remise en cause dans ses fondements. Consommer toujours plus de vêtements à bas prix ne nous rend pas plus heureux. Il est temps de révolutionner la mode !

Et le mouvement est lancé : le développement durable, la production et la consommation responsables sont de plus en plus enseignés dans les universités et les écoles. Progressivement, un nombre croissant de marques communiquent de manière authentique et transparente.

Et vous ? Si vous avez un compte Twitter, vous pouvez utiliser le hashtag #WhoMadeMyClothes (qui a fabriqué mes vêtements ?) pour interpeller une marque. Tout au long de la Fashion Revolution Week, chacun est invité à poster une image de ses vêtements, idéalement étiquette apparente, pour questionner une enseigne.

J’ai joué à ce petit jeu rigolo avec le tee-shirt du jour. D’après l’étiquette, je porte un haut en coton 100% bio, « proudly made in Bangladesh ». Et oui, on peut aussi utiliser le hashtag pour mettre en valeur des démarches a priori respectueuses 😉

« On s’en fout de la mode »

Quand on aborde le sujet des vêtements, il y a toujours un petit malin pour dire que franchement, la mode, on s’en fout.

Ça me fait bien rire.

Nos vêtements sont la première chose qu’on montre aux autres. C’est le paramètre de notre apparence physique qu’on maîtrise entièrement, à défaut de pouvoir ratiboiser ce p**** de nez. Si tout le monde n’a pas l’ambition d’affirmer un style particulier ou de communiquer un message à travers ses fringues, il est sain de vouloir se sentir beau/belle et à l’aise dedans.

Alors non, les vêtements ne sont pas superficiels. D’ailleurs, la majeure partie des gens ne s’en foutent pas. Et puisque nous aimons choisir nos vêtements, quelle alternative à cette mode rapide qu’on devrait jeter aux orties ?

La mode éthique et responsable, bien sûr !

Slow fashion : pour une consommation responsable de vêtements

S’il ne fallait retenir qu’un conseil, ce serait celui-ci : ralentir. Prendre le temps de choisir des vêtements qui nous vont (et pas « qui nous irons » 😉 ) et qui nous plaisent, plutôt que de les acheter parce qu’ils sont en solde… Pour ceux qui veulent se convertir à la slow fashion, voici quelques conseils :

  1. Trier ses vêtements, et ne garder que le nécessaire. Si vous ne les avez pas mis de l’année, ou même des six derniers mois, soyons réalistes : vous ne les remettrez jamais. Du balai !
  2. Donner, échanger, vendre, recycler. Chez Emmaüs ou à une borne Le Relai, en dépôt-vente, en vide-grenier à quelqu’un de votre entourage ou en vendant via Vinted, Videdressing, Le Bon Coin… Il y a plein de solutions.
  3. Ralentir le rythme, et oublier le « réflexe shopping » du samedi après-midi. Moins on en fait, moins on a envie d’en faire !
  4. Réviser sa conception du « pas cher ». Un t-shirt à 5€ ne peut pas avoir été produit dans de bonnes conditions, ni être de qualité. Et s’il faut en racheter chaque année, ne vaut-il pas mieux le payer 20 ou 30€, mais le garder longtemps ?
  5. Prendre soin de ses affaires. Si vous suivez les conseils précédents, l’envie de chouchouter vos vêtements viendra naturellement 😉
mode éthique responsable
Par exemple, bien choisir les chaussettes qu’on met dans ses claquettes, c’est important.

Quelques repères pour acheter éthique et responsable

Je me suis engagée dans cette voie il y a plusieurs années. Voici quelques unes de mes coups de coeur éthiques et responsables.

Des marques engagées

Si je parle si souvent de la marque de vêtements masculins Loom, c’est qu’elle représente pour moi un vrai modèle pour la Fashion Revolution ! Tant en termes de style, que de philosophie ou de communication. Chaque modèle est dessiné et conçu avec soin, pour durer le plus longtemps possible.

J’ai adoré le lancement de leur hoodie (sweat zippé à capuche), et toute l’attention qu’ils ont porté aux détails pour en faire LE vêtement parfait. Si je n’en avais pas déjà un dans mon armoire, je l’aurais commandé sans hésiter ! 

Récemment, la co-fondatrice de Loom, Julia Faure, a publié une belle tribune sur Medium, en réaction à l’indécence d’H&M et son tee-shirt « There is no planet B. » Elle y explique en détails ce qui cloche avec la fast fashion, et pourquoi il est urgent de ralentir. À lire absolument !

Des e-shop responsables

Sur le tout nouveau Klow, vous trouverez de belles marques comme Armedangels ou Dedicated

e-shop responsable

J’aime également Dressing Responsable et Eco-Sapiens. Récemment, j’ai aussi découvert Wess, qui propose à chaque saison une capsule de vêtements tendances et responsables.

Des plateformes pour comprendre la slow fashion

SloWeAre est une plateforme ultra complète pour comprendre la mode responsable, avec un annuaire des marques engagées par ville. Une vraie mine d’or ! À suivre aussi, l’arrivée du site WeDressFair ! Enfin, les plus militants pourront rejoindre le collectif Éthique sur l’étiquette, par exemple.

En bref, beaucoup de problèmes… Mais beaucoup de solutions aussi !

Vous en voulez encore ? Lisez : Où acheter des vêtements éthiques, écologiques et responsables ?

 

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3 commentaires

  1. Tizika Répondre

    Merci Laure, superbe cette infographie mais tellement alarmante ! D’où l’urgence de sélectionner scrupuleusement ses textiles, voire d’acheter en dépôt-vente ou sur des sites comme Vinted. Pour les t-shirts (je prends cet exemple parce que c’est mon domaine), le label OEKO-Tex Standard 100 est la plus haute certification bio-équitable. Reste à trouver les marques équitables et c’est là qu’intervient « La Révolution des Tortues » 😉

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